Il y avait dans la terre de Hus un homme qui s’appelait Job. Et cet homme était simple et droit ; et il craignait Dieu, et fuyait le mal. [1.1-5 Le prologue nous fait connaître le principal personnage et les circonstances qui amènent la discussion sur le problème de l’existence du mal, problème dont la solution fait le fond du poème. ― 1° Piété de Job au milieu de la plus grande prospérité : sa grandeur morale est égale à celle de sa fortune, chapitre 1, versets 1 à 5.] [1.1 Dans la terre de Hus. Voir l’Introduction.]
Or les fils de Dieu étant venus un jour se présenter devant le Seigneur, Satan se trouva aussi parmi eux. [1.6-12 2° Résolution que Dieu prend d’éprouver la fidélité de son serviteur, chapitre 1, versets 6 à 12. Nous sommes transportés de la terre au ciel, où tout ce qui se passe ici-bas a sa racine et sa raison dernière. Satan, « l’adversaire », l’ennemi des hommes, apparaît au milieu des bons anges pour calomnier le juste ; mais c’est pour concourir finalement, malgré sa malice, aux desseins de Dieu et travailler malgré lui à l’accomplissement du plan de la Providence.] [1.6 Les fils de Dieu sont les anges. ― Dans ce prologue qui s’étend jusqu’à la fin du I er chapitre, l’écrivain sacré nous montre : 1° les efforts du démon contre les serviteurs de Dieu ; 2° que cet esprit malin ne peut rien sans la permission divine ; 3° que Dieu ne lui permet pas de tenter ses serviteurs au-delà de leurs forces, mais qu’il les assiste de sa grâce, de manière que les efforts impuissants de leur ennemi ne servent qu’à faire éclater leur vertu et à augmenter leur mérite.]
Et le Seigneur lui dit : As-tu considéré mon serviteur Job, qui n’a pas d’égal sur la terre, qui est un homme simple et droit, qui craint Dieu et fuit le mal ?
et dit : Je suis sorti nu du sein de ma mère, et j’y retournerai nu. Le Seigneur (m’) a donné, le Seigneur (m’) a ôté ; il est arrivé ce qui a plu au Seigneur ; que le nom du Seigneur soit béni ! [1.21 Voir Ecclésiaste, 5, 14 ; 1 Timothée, 6, 7.]
Satan lui répondit : L’homme donnera peau pour peau, et tout ce qu’il a pour sauver sa vie ; [2.4 L’homme donnera peau pour peau , etc. ; c’est-à-dire qu’il donnera volontiers la peau des autres pour conserver la sienne ; il donnera ses enfants même, ses bestiaux et tout ce qu’il possède pour sauver sa propre vie. Ainsi Job a perdu ses biens, ses enfants ; mais il espère en avoir d’autres. S’il était frappé en son propre corps, s’il venait à perdre sa santé, il ne soutiendrait pas cette épreuve ; sa fidélité en serait ébranlée.]
Le Seigneur dit donc à Satan : Va, (Voilà qu’) il est en ta main ; mais ne touche pas à sa vie.
Il lui dit : Tu parles comme une femme qui n’a pas de sens. Si nous avons reçu les biens de la main du Seigneur, pourquoi n’en recevrons-nous pas les maux ? Dans toutes ces choses Job ne pécha pas par ses lèvres.
Après cela Job ouvrit la bouche, et maudit le jour de sa naissance, [3.1-26 Les malédictions et les imprécations suivantes ne sont que des expressions emphatiques très usitées en Orient pour peindre une vive douleur. ― Ici commence la deuxième partie, contenant la discussion de Job et de ses trois amis, du chapitre 3 au chapitre 31. Première discussion, du chapitre 3 au chapitre 14. ― 1° Monologue de Job, chapitre 3. Il renferme trois idées principales : 1° Job maudit le jour de sa naissance, versets 3 à 10 ; ― 2° il regrette de n’être pas mort, versets 11 à 19 ; ― 3° il se demande pourquoi la vie a été adonnée au misérable, versets 20 à 26. ― Sa douleur longtemps comprimée éclate avec véhémence : il se plaint tout d’abord avec une amère éloquence de ce qu’il souffre et, après avoir épanché ses sentiments, il donne la raison de ses plaintes. Job n’est pas un stoïcien, un Titan ou un Prométhée révolté, comme on l’a prétendu, c’est un homme qui souffre : les aiguillons de la maladie lui font pousser des cris d’angoisse ; mais comme c’est aussi un juste, au fond de sa conscience il demeure ferme, comptant sur la justice de Dieu. Tel nous le verrons dans tout le cours du livre, sentant vivement la souffrance, mais fort de son innocence et animé d’une confiance inébranlable dans le jugement de Dieu.]
L’homme est né pour la peine (le travail), comme l’oiseau pour voler.
Heureux l’homme qui est châtié par Dieu. (!) Ne rejette donc pâs la correction du Seigneur.
car les flèches du Seigneur m’ont percé. La douleur qu’elles me causent épuise mon esprit, et les terreurs de Dieu (du Seigneur) m’assiègent.
La vie de l’homme sur la terre est celle du soldat, et ses jours sont comme les jours d’un mercenaire.
Qu’est-ce que l’homme (qu’un) pour que vous en fassiez tant de cas ? Et comment daignez-vous appliquer sur lui votre cœur ? [7.17 Pour que vous fassiez un si grand cas de lui ; en l’examinant, l’éprouvant et l’affligeant. ― Mettez-vous , etc., c’est-à-dire songez-vous à lui, vous occupez-vous de lui ?]
de sorte que si tes biens étaient autrefois médiocres, ils se multiplieront désormais étonnamment.
Assurément je sais qu’il en est ainsi, et que l’homme, si on le compare à Dieu, ne sera pas trouvé juste. [9.2 Les luthériens se servent de ce passage pour établir que nul homme n’a véritablement la justice intérieure devant Dieu. Mais c’est un abus évident qu’il en font ; car ce passage signifie seulement ou que l’homme qui voudra se comparer à Dieu ne pourra être justifié, parce que cette comparaison même est l’effet d’un grand orgueil, et le fait déchoir de la justice qu’il pouvait avoir ; ou que toute la justice de l’homme, étant comparée à celle de Dieu, n’est rien.]
Dieu est sage, il est tout-puissant (puissant en force) : qui lui a résisté, et est demeuré en paix ?
Il fait des merveilles incompréhensibles, et des prodiges sans nombre.
Mon âme est dégoûtée de la vie ; je m’abandonnerai aux plaintes contre moi-même, je parlerai dans l’amertume de mon âme. [10.1 Je lâcherai ma propre parole , etc. Comparer à Job, 7, 11.]
Vous m’avez donné la vie et comblé de bienfaits ; et c’est votre providence (vos soins) qui a gardé mon âme (conservé mon souffle vital).
Prétends-tu sonder (Découvriras-tu) ce qui est caché en Dieu, et connaître parfaitement le Tout-Puissant ? [11.7 Les traces ; c’est-à-dire les voies. ― Parfaitement , ou bien : Le parfait Tout-Puissant , ce qui revient au sens de l’hébreu qui porte : La perfection du Tout-Puissant .]
Lui qui tient dans sa main l’âme de tout ce qui vit, et le souffle (l’esprit) de toute chair d’homme.
Quand même Dieu me tuerait, j’espérerais en lui ; néanmoins je défendrai (j’exposerai donc) mes voies en sa présence.
L’homme né de la femme vit peu de temps, et il est rempli de beaucoup de misères.
L’homme, une fois mort, vivra-t-il de nouveau ? Dans cette guerre où je me trouve maintenant, j’attends tous les jours que mon changement arrive. [14.14 La suite du discours prouve que sous la forme d’une interrogation, Job exprime sa conviction intime. ― J’attends que mon changement vienne. Ces paroles et celles du verset suivant expriment encore éclairement le dogme de la résurrection.]
Entre ses saints même, personne n’est impeccable, et les cieux ne sont pas purs devant ses yeux. [15.15 Voir Job, 4, 18.]
Car voici que mon témoin est dans le ciel, et celui qui me connaît à fond (a une connaissance intime de moi) habite les hauts lieux.
Mes jours se sont écoulés, mes pensées ont été renversées, et ne servent qu’à me torturer le cœur.
Qui m’accordera que mes paroles soient écrites ? Qui me donnera qu’elles soient tracées dans un livre ; [19.23 Un livre. C’est ainsi que porte la version grecque. A la vérité, l’hébreu lit le livre dans ce passage ; mais dans un des endroits parallèles, comme Isaïe, 30, 8 ; Jérémie, 30, 2, il n’a pas l’article déterminatif.]
Car je sais que mon Rédempteur est vivant, et que je ressusciterai de la terre au dernier jour, [19.25-27 Presque tous les Pères ont reconnu dans ces paroles de Job une profession de foi très claire à la résurrection des corps, et dans les premiers siècles de l’Eglise, après les persécutions, de pieux chrétiens ont fait graver sur leurs tombeaux cet acte de foi comme une expression de leur propre croyance.] [19.25 Mon Rédempteur. Ce Rédempteur est, selon le sentiment commun des Pères et des interprètes, le Fils de Dieu, qui doit juger tous les hommes à la fin du monde.]
et que je serai de nouveau revêtu de ma peau, et que dans ma chair je verrai mon Dieu.
Je le verrai (dois le voir) moi-même, et non un autre, et mes yeux le contempleront. Cette espérance repose dans mon sein.
Pourquoi donc les impies vivent-ils ? Pourquoi sont-ils si élevés et rendus puissants par les richesses ? [21.7 Voir Jérémie, 12, 1 ; Habacuc, 1, vv. 3, 13.]
Soumets-toi donc à Dieu, et demeure en paix ; et par là tu obtiendras d’excellents fruits.
Qui me donnera de le connaître (Dieu) et de le trouver, et de parvenir jusqu’à son trône ? [23.3 Que je sache trouver Dieu ; littéralement et par hébraïsme : Que je sache et que je trouve .]
Mais il connaît lui-même ma voie, et il m’éprouve comme l’or qui passe par le feu.
L’homme comparé à Dieu peut-il être justifié, et celui qui est né de la femme paraîtra-t-il pur ? [25.4-5 Tout ce qu’il y a de plus saint, de plus beau dans le ciel, et de plus parfait sur la terre, n’est qu’imperfection, que faiblesse devant Dieu.]
Ce n’est là qu’une partie de ses œuvres (de ses voies) ; et si nous n’avons entendu qu’un léger murmure de sa voix, qui pourra soutenir le tonnerre de sa grandeur ? [26.14 De ses voies ; de sa manière d’agir, de ses œuvres. ― Un petit mot ; littéralement une petite goutte . La parole est souvent comparée dans l’Ecriture à la pluie ou à la rosée. Voir Deutéronome, 32, 2 ; Isaïe, 55, 10-11. ― De sa parole ; c’est-à-dire de la parole qui le concerne, dite à son sujet. ― L’éclat. Ou ce mot est sous-entendu, ou l’antécédent du génitif de sa parole est une goutte (parvam stillam) , qui précède ; car il faut nécessairement au verbe contempler (intueri) un accusatif pour complément. Job, ce nous semble, veut dire ici : Je ne vous ai rapporté qu’un bien faible partie des œuvres de la puissance de Dieu. Si donc vous n’avez entendu qu’avec peine le peu de paroles que j’ai dites de lui, comment me supporterez-vous, si je vous fais entendre la voix terrible de son tonnerre, et si je mets sous vos yeux les merveilles de sa grandeur infinie ?]
Mais la sagesse, où la trouvera-t-on ? et quel est le lieu de l’intelligence ?
Et il a dit à l’homme : La crainte du Seigneur, voilà la sagesse, et se retirer du mal, c’est l’intelligence.
Mais maintenant je sers de jouet à de plus jeunes qui moi, dont je ne daignais pas (autrefois) mettre les pères avec les chiens de mon troupeau ; [30.1 II e partie du XI e discours de Job : Malheurs présents, chapitre 30. ― Ils sont décrits en trois tableaux qui commencent tous par le mot maintenant . ― 1° Maintenant les hommes les plus méprisables s’élèvent contre lui, versets 1 à 8 ; ― 2° maintenant il est pour eux un objet de moquerie ; ils l’attaquent de toutes leurs forces, versets 9 à 15 ; ― 3° maintenant il a cependant assez à souffrir, sans cette peine de surcroît, de la part de ses propres maux et de la part de Dieu, versets 16 à 23. ― 4° Combien moins ses amis devraient-ils se tourner contre lui, puisque sa félicité s’est changée en une douleur si cruelle ! Versets 24 à 31.]
J’ai fait un pacte avec mes yeux pour ne pas penser même à une vierge. [31.1 III e partie du XI e discours de Job : Conscience de son innocence, chapitre 31. ― Du moins sa conscience est-elle pour lui. ― 1° Il ne s’est jamais abandonné à ses passions, versets 1 à 12 ; ― 2° il ne s’est jamais servi de sa force pour traiter injustement les faibles, versets 13 à 23 ; ― 3° il n’a jamais été arrogant, comme on le lui a reproché, ni envers Dieu ni envers les hommes, versets 24 à 40.]
Qui me donnera quelqu’un qui m’écoute, que le Tout-Puissant entende mon désir, et que le juge écrive lui-même son (un) livre, [31.35-36 Un livre , contenant sa sentence. ― Celui qui juge ; le juge par excellence, le juge suprême, Dieu. Après avoir exposé son innocence, Job demande à son souverain juge qu’il daigne prononcer et écrire sa sentence, parce que, loin de craindre qu’elle ne lui soit défavorable, il la portera au contraire comme un trophée et s’en parera comme d’un ornement précieux.]
Mais, à ce que je vois, c’est l’Esprit qui est dans les hommes ; c’est l’inspiration du Tout-Puissant qui donne l’intelligence.
C’est l’Esprit de Dieu qui m’a créé, et c’est le souffle du Tout-Puissant qui m’a donné la vie.
Vous donc, hommes de sens, écoutez-moi. Loin de Dieu l’impiété, et loin du Tout-Puissant l’injustice.
qui n’a pas d’égard à la personne des princes ; qui n’a pas de considération pour le tyran lorsqu’il dispute contre le pauvre ; car tous (les hommes) sont l’œuvre de ses mains. [34.19 Voir Deutéronome, 10, 17 ; 2 Paralipomènes, 19, 7 ; Sagesse, 6, 8 ; Ecclésiastique, 35, 15 ; Actes des Apôtres, 10, 34 ; Romains, 2, 11 ; Galates, 2, 6 ; Ephésiens, 6, 9 ; Colossiens, 3, 25 ; 1 Pierre, 1, 17.]
Et nul d’eux ne dit : Où est le Dieu qui m’a créé, qui inspire des chants d’allégresse (cantiques) pendant la nuit ; [35.10 Aucun d’eux , est sous-entendu ; c’est le sujet du verbe singulier a dit (dixit) . Dans les récits de cette nature, les écrivains sacrés mettent très souvent le verbe au singulier en sous-entendant chacun ou nul, aucun , suivant que la phrase est affirmative ou négative.]
Dieu ne rejette pas les puissants, puisqu’il est puissant lui-même ;
Certes, Dieu est grand ; il dépasse notre science ; le nombre de ses années est innombrable (incalculable).
Job, écoute ces choses ; arrête-toi et considère les merveilles de Dieu.
Alors le Seigneur parla à Job du milieu d’un tourbillon, et lui dit : [38.1 IV e partie : Apparition et discours de Dieu, du chapitre 38 au chapitre 41. ― Ce que Job avait si ardemment souhaité, voir Job, 13, 22, arrive enfin : Dieu apparaît. Le mystère de la souffrance n’a pas encore été complètement éclairci. Il est démontré que la thèse des trois premiers adversaires de Job est insoutenable ; il est établi que les idées de Job ne sont pas non plus toutes également justes ; cependant Eliu lui-même n’a pas dit le dernier mot. Les souffrances du saint patriarche ont eut pour but de manifester la sincérité de sa vertu et de démontrer que la fidélité au devoir peut subsister dans la mauvaise comme dans la bonne fortune, mais aucun des interlocuteurs ne l’a soupçonné, et, à vrai dire, ce but ne pouvait être connu que par une révélation. A Dieu seul il appartient de trancher le différend ; lui seul peut distribuer à chacun le blâme et l’éloge, déclarer Job innocent, tout en lui reprochant les excès de parole dans lesquels il s’est laissé entraîner ; faire sentir à ses trois amis leur dureté et leur opiniâtreté. Il semble que Dieu ne saurait intervenir sans s’abaisser, et cependant comme il apparaît en maître souverain ! Il ne se justifie pas, il ne dit pas un seul mot pour expliquer sa conduite, il dédaigne de parler des questions spéculatives qui ont été l’objet du débat ; il a fait résoudre le problème en tête du livre par l’écrivain inspiré, qui nous a découvert le secret divin dans le prologue. Maintenant les choses se passent tout autrement que Job ne l’avait imaginé, quand il réclamait la présence de Dieu. Surpris, accablé par les questions que son Seigneur lui adresse, il comprend quelle a été sa présomption et son imprudence, il s’humilie et se tait. Dieu veut nous rappeler notre ignorance, nous apprendre à nous abaisser devant lui et à reconnaître que la véritable sagesse consiste à ne pas tenter de pénétrer ce qui est impénétrable. Comment pourrions-nous sonder les plans du Seigneur et scruter ses desseins, puisqu’il est si grand et que nous sommes si petits ?]
Où étais-tu quand je jetais les fondements de la terre ? Dis-le-moi, si tu as de l’intelligence.
tandis que les astres du matin me louaient ensemble, et que les fils de Dieu poussaient des cris de joie ? [38.7 Les fils de Dieu ; c’est-à-dire les anges. Comparer à Job, 1, 6.]
et j’ai dit : Tu viendras jusqu’ici, et tu ne passeras pas plus loin, et tu briseras là l’orgueil de tes flots.
Qui est le père de la pluie, et qui a engendré les gouttes de rosée ?
Est-ce par ta sagesse que l’épervier se couvre de plumes, étendant ses ailes vers le midi ? [39.26 Etendant ses ailes vers le midi. Ce mot fait allusion à l’habitude qu’a d’émigrer l’oiseau dont il est question, le net . Le sens de ce mot n’est pas certain, mais il désigne incontestablement un oiseau de passage.]
Ce(lui) qui dispute contre Dieu se réduit-il si facilement au silence ? Certes, quiconque reprend Dieu, doit lui répondre.
Moi qui ai parlé avec légèreté (légèrement), que puis-je répondre ? Je n’ai qu’à mettre (mettrai) ma main sur ma bouche.
De sa gueule sortent des lampes, comme des torches ardentes (allumées). [41.11-12 Lorsque le crocodile, après un long séjour dans l’eau reparaît à sa surface, il semble vomir de la fumée et du feu. Bartram raconte dans ses Voyages ( Travels through North and South Carolina , Philadelphie, 1791, p. 116), que pendant qu’il remontait l’Alatamaha dans la Floride occidentale, cherchant un soir à terre un endroit commode pour prendre son repas, il aperçut un crocodile qui sortait avec bruit du milieu des roseaux pour se jeter dans un petit lac. « Il enfla son corps monstrueux et agita sa queue dans les airs. Une épaisse fumée s’élança de ses naseaux largement ouverts avec un bruit qui fit presque trembler la terre. » Et plus loin : « D’abord il nage avec la rapidité de l’éclair, mais il ralentit peu à peu sa marche, jusqu’à ce qu’il atteigne le milieu du fleuve. Là il s’arrête, et aspirant tout à la fois l’air et l’eau par sa large gueule, son corps devient énorme et pendant un moment on entend un grand bruit dans son gosier. Puis, tout d’un coup il fait rejaillir avec fracas de sa bouche et de son nez une vapeur qui produit comme un nuage de fumée. »]
Job répondit au Seigneur, et dit : [42.1 Réponse de Job, versets 1 à 6. ― La seconde réponse de Job à Dieu est courte, mais complète, versets 1 à 6. Il savait que Dieu était grand et que sa conduite est incompréhensible, mais il ne le sentait pas assez ; il confesse qu’il a eu tort de vouloir se mesurer présomptueusement avec Dieu et il le prie de lui pardonner. La discussion se termine donc comme cela devait être, par la victoire complète de Dieu, victoire avouée et acceptée de l’homme qui ne peut en remporter lui-même d’autre que celle-là : reconnaître son néant en présence de son créateur.]
Je sais que vous pouvez toutes choses, et qu’aucune pensée ne vous est cachée.
Quel est ce qui obscurcit mes desseins sans rien savoir (Quel est celui qui, dans son manque d’intelligence, prétend cacher ses desseins à Dieu) ? En vérité, j’ai parlé follement de choses qui dépassaient de beaucoup ma science.
Mon oreille avait entendu parler de vous, mais maintenant c’est mon œil qui vous voit.
C’est pourquoi je m’accuse moi-même, et je fais pénitence dans la poussière et dans la cendre.
Le Seigneur se laissa aussi toucher par la pénitence de Job pendant qu’il priait pour ses amis, et il lui rendit le double de tout ce qu’il possédait auparavant. [42.10-12 Job, en priant pour ses amis, selon l’ordre que Dieu lui en a donné, s’humilie lui-même en sa présence, et son humiliation, jointe à cette charité qui le portait à intercéder pour ceux qui l’avaient outragé, lui fit mériter pour récompense une grande augmentation dans tous ses biens. Mais, comme le remarque saint Augustin, ( Epist. CXX, chap. X), c’eût été peu de choses pour Job que de recevoir temporellement le double de ce qu’il avait possédé auparavant, pour récompense de cette admirable fermeté avec laquelle il avait souffert une si terrible épreuve de sa vertu. C’est donc principalement la béatitude de l’autre vie que le Saint-Esprit a voulu nous figurer par cette prospérité beaucoup plus grande que la première dont le Seigneur récompensa sa fidélité.]
Quant au Seigneur, il bénit plus encore les dernières années de Job que les premières ; et il eut quatorze mille brebis, six mille chameaux, mille paires de bœufs et mille ânesses.
Le Seigneur répondit à Satan : Va, tout ce qu’il a est en ton pouvoir ; seulement ne porte pas la main sur lui. Et Satan sortit aussitôt de devant le Seigneur.
Alors Job se leva et déchira ses vêtements, et, s’étant rasé la tête, il se jeta par terre, et adora
Le Seigneur dit encore à Satan : As-tu considéré mon serviteur Job, qui n’a pas d’égal sur la terre, qui est un homme simple et droit, qui craint Dieu et fuit le mal, et qui maintient encore son innocence ? Cependant tu m’as porté à agir (excité) contre lui pour l’affliger sans motif. [2.3 En vain ; c’est-à-dire, c’est en vain que tu l’as fait éprouver ; cette épreuve n’a pas ébranlé sa fidélité. D’autres traduisent, sans motif, à tort, sans qu’il l’ait mérité.]
Satan, étant sorti de devant le Seigneur, frappa Job d’un ulcère malin (d’une plaie horrible), depuis la plante des pieds jusqu’à la tête. [2.7 Satan… frappa Job d’une plaie horrible. D’après tous les caractères de la maladie de Job disséminés dans le cours du livre, J. D. Michaelis a prouvé que la maladie dont Job fut frappé est l’éléphantiasis. Elle commence par l’éruption de pustules, qui ont comme la forme de nœuds, d’où son nom latin de lepra nodosa ; elle couvre ensuite comme un chancre toute la surface du corps et le ronge de telle façon que tous les membres semblent s’en détacher. Les pieds et les jambes s’enflent et se couvrent de croûtes au point d’être pareils à ceux de l’éléphant, d’où le nom d’éléphantiasis. Le visage est boursouflé et luisant, comme si on l’avait oint avec du suif, le regard est fixe et hagard, la voix faible ; le malade finit quelquefois par tomber dans un mutisme complet. En proie à d’atroces douleurs, objet de dégoût pour lui-même et pour les autres, éprouvant une faim insatiable, accablé de tristesse, ne pouvant dormir ou bien tourmenté par d’affreux cauchemars, il ne trouve aucun remède au mal qui le ronge. Ce cruel état peut durer vingt ans et plus. Il meurt quelquefois subitement, après une fiable fièvre ou étouffé par la maladie.]
Et ils se tinrent assis à terre avec lui sept jours et sept nuits, et nul ne lui dit une parole, car ils voyaient que sa douleur était extrême (violente). [2.13 Le deuil durait sept jours ; mais il ne faut pas croire que les amis de Job ne l’aient pas quitté un seul instant, pendant tout ce temps, et qu’ils ne lui avaient pas adressé une seule parole. Ce sont là des expressions hyperboliques que l’on trouve assez souvent dans la Bible, et en général dans les écrivains orientaux. ― Ils s’assirent avec lui. Quand ils le voient, ils le saluent à distance, avec ces marques extraordinaires de douleur qui sont en usage en Orient, et ils passent sept jours et sept nuits sans proférer une parole. Ce silence si prolongé prouve qu’à la vue de tant de maux, ils ne sentent pas la force de le consoler. Il faut que Job ouvre le premier la bouche, et ne recevant d’eux aucun mot d’encouragement, il ne peut qu’exhaler ses plaintes.]
L’homme sera-t-il trouvé juste en comparaison de Dieu ? et sera-t-il plus pur que son créateur ? [4.17 Voir Job, 25, 4.]
C’est pourquoi je supplierai (prierai) le Seigneur, et j’adresserai ma parole à Dieu
Vous n’étudiez dans vos discours qu’à jeter du blâme, et vous ne faites que parler en l’air.
J’ai perdu tout espoir ; la vie m’échappe à jamais. Epargnez-moi, car mes jours ne sont que néant.
(car nous ne sommes que d’hier, et nous ne savons rien, parce (pas) que nos jours s’écoulent sur la terre comme l’ombre ;) [8.9 Voir Job, 14, 2 ; Psaumes, 143, 4.]
S’il vient à moi, je ne le verrai pas ; et s’il s’en va, je ne m’en apercevrai pas.
Si j’entreprends de me justifier, ma propre bouche me condamnera ; si je démontre mon innocence, il me convaincra d’être coupable (que je suis pervers). [9.20 Ma propre bouche , etc., par cela même que je présume de ma justice, et que je me dis innocent, je me rends coupable ; car je manque ainsi au respect dû à sa souveraine majesté.]
Vos mains m’ont formé ; elles ont façonné toutes les parties de mon corps, et vous voudriez me perdre en un instant ?
alors tu pourras lever ton visage sans tache ; tu seras stable, et tu ne craindras pas.
En Dieu résident la sagesse et la puissance ; c’est lui qui possède le conseil et l’intelligence (la prudence). [12.13 En Dieu ; littéralement En lui . Job désigne ordinairement Dieu par le pronom lui .]
Combien ai-je commis d’iniquités et de péchés ? Montrez-moi mes crimes et mes offenses.
Un arbre n’est pas sans espérance ; si on le coupe, il reverdit encore, et ses branches se multiplient.
Tu accuses par tes paroles celui qui n’est pas ton égal, et tu parles d’une manière qui ne t’est pas avantageuse. [15.3 Qui n’est pas égal à toi ; qui est infiniment au-dessus de toi. ― Tu dis ce qui , etc., puisque tu soutiens que Dieu afflige également le juste et le coupable.]
Que je voudrais que l’homme pût se justifier devant Dieu, comme il peut se justifier devant un de ses semblables !
qu’elles soient gravées sur une lame de plomb avec un style de fer, ou sur la pierre avec un ciseau (burin) ? [19.24 On gravait des inscriptions sur le métal et sur la pierre dès une haute antiquité dans le pays que Job habitait.]
Qui entreprendra d’enseigner la science à Dieu, lui qui juge les grands ? [21.22 Ceux qui sont élevés ; les grands de la terre, selon les uns, les habitants du ciel, selon les autres. Le terme hébreu est, comme celui de la Vulgate, susceptible de ces deux sens. Les Septante ont traduit phonous , c’est-à-dire meurtres ; mais il y a des exemplaires qui portent sohous ou sages .]
Car celui qui aura été humilié sera dans la gloire ; et celui qui aura baissé les yeux sera sauvé. [22.29 Voir Proverbes, 29, 23.]
Je ne me suis pas écarté des commandements de ses lèvres, et j’ai caché dans mon sein les paroles de sa bouche.
Les temps ne sont pas cachés au Tout-Puissant ; mais ceux qui le connaissent ignorent ses jours. [24.1 Ceux qui le connaissent ; ses fidèles serviteurs eux-mêmes ignorent ses jours ; c’est-à-dire les jours où il doit rendre à chacun selon ses œuvres.]
Car quelle est l’espérance de l’hypocrite, s’il vole par avarice, et que Dieu ne délivre pas son âme ?
Elle ne se donne pas pour l’or le plus pur, et elle ne s’achète pas au poids de l’argent (au poids). [28.15 Voir Sagesse, 7, 9.]
Je crie vers vous, et vous ne m’écoutez pas ; je me présente à vous, et vous ne me regardez pas.
Ceux qui ont vécu longtemps ne sont pas les plus sages, et le jugement n’est pas le partage exclusif des vieillards (ce ne sont pas les vieillards qui comprennent la justice).
Dieu m’a fait aussi bien que toi, et moi aussi j’ai été formé de la même boue.
Car les yeux de Dieu sont sur les voies des hommes, et il considère tous leurs pas.
Si tu pèches, en quoi nuiras-tu à Dieu ? Et si tes iniquités se multiplient, que feras-tu contre lui ? [35.6 Lui représente Dieu, qui est exprimé au verset 2.]
Vois, Dieu est sublime dans sa puissance, et personne ne lui est semblable parmi les législateurs.
Dieu tonne avec sa voix d’une façon merveilleuse. Il fait des choses grandes et impénétrables.
Quel est celui qui obscurcit les pensées par des discours inconsidérés (mêle des sentences à des discours maladroits) ? [38.2 Discours de Dieu, du chapitre 38 au chapitre 41. ― Il se divise en trois parties. La première renferme la description des phénomènes de l’ordre physique, la seconde la description du règne animal, la troisième celle de deux animaux particulièrement remarquables, l’hippopotame et le crocodile. La première et la seconde partie sont à peu près d’égale longueur, chapitre 38, versets 1 à 38 ; du chapitre 38, verset 39, au chapitre 39, verset 30 ; la troisième a près du double de longueur, chapitres 40 et 41. ― I re partie, chapitre 38, versets 1 à 38. ― 1° Dieu interroge Job. Lui qui veut disputer avec le Tout-Puissant, a-t-il assisté à la création, à l’emprisonnement de l’océan et à l’asservissement de la lumière ? Versets 2 à 15. ― 2° A-t-il découvert le secret des mystères de la nature, versets 16 à 30, et ― 3°, en particulier des lois qui régissent les astres ? Versets 31 à 38.]
Es-tu entré dans les trésors de la neige, ou as-tu contemplé (aperçu) les trésors de la grêle, [38.22-23 Dieu tient la foudre, la neige, la grêle, les vents, la tempête, comme des armes toutes prêtes à agir contre ses ennemis. Comparer à Psaumes, 32, 7 ; 134, 7 ; Jérémie, 10, 13 ; 50, 25.]
Connais-tu le temps où les chèvres sauvages mettent bas dans les rochers, ou as-tu observé l’enfantement des biches ? [39.1 Dans l’original, le premier animal est nommé littéralement grimpeur de rochers, c’est-à-dire chèvre sauvage, bouquetin, sorte de chamois semblable à celui de la Suisse et des Alpes Tyroliennes, qui habite les endroits les plus escarpés.]
Prétends-tu anéantir ma justice, et me condamneras-tu pour te justifier ?
Ecoutez, et je parlerai ; je vous interrogerai, et répondez-moi.
et il mourut âgé et plein de jours.
En tout cela Job ne pécha pas par ses lèvres, et il ne dit rien d’insensé contre Dieu.
Là les impies ont cessé leur tumulte ; là se reposent ceux qui sont épuisés, sans force.
Alors Eliphaz de Théman prit la parole et dit : [4.1 Après le monologue de Job, ses trois amis vont paraître successivement en scène. Ils défendront tous la même thèse : que l’on n’est malheureux que par sa faute et en punition de ses péchés. 1° Eliphaz, vrai scheik patriarcal, grave, digne, plus calme et plus réfléchi que ses deux amis, est nommée le premier et prend le premier la parole, parce qu’il est le plus âgé de tous, voir Job, 15, 10, et peut-être aussi parce qu’il est de Théman, dont la sagesse est célèbre, voir Jérémie, 49, 7 ; Abdias, 1, 8 ; Baruch, 3, 22-23. Il témoigne d’abord à Job dans son premier discours, plus d’affection et de sympathie que ses deux compagnons, mais, trompé par une foi aveugle à une opinion qu’il n’a jamais entendu contester (contestée ?), savoir que l’on souffre jamais que parce qu’on l’a mérité, il ne croit pas à l’innocence de celui qu’il est venu consoler, et ne tarde pas à se montrer dur et injuste à son égard. La vérité qu’il s’attache le plus à faire ressortir dans son langage, c’est la majesté et la pureté de Dieu, voir Job, 4, 12-21 ; 15, 12-16. ― Eliphaz ouvre la discussion avec la confiance qu’inspire l’expérience et sur le ton d’un prophète. C’est dans son premier discours qu’il parle avec le plus d’assurance. Le fond de son langage est vrai d’ailleurs ; il n’est faux que dans l’application exagérée qu’il en fait au cas présent. Tout se lie très bien dans ce que dit Eliphaz : au point de vue de la disposition oratoire et de l’arrangement des parties, ce discours est le plus parfait du poème. La révélation et l’expérience, les habitants du ciel et ceux de la terre lui ont appris à quoi s’en tenir sur le problème de la souffrance : 1° Job ne doit pas oublier qu’il a consolé autrefois des malheureux en leur disant que ce ne sont que les méchants, non les justes qui périssent, chapitre 4, versets 2 à 11. ― 2° Une vision nocturne lui a appris à lui-même que personne n’est juste devant Dieu, versets 12 à 21. ― 3° Le chagrin qui empêche Job de recourir à l’intercession des anges est la cause de la ruine des insensés, chapitre 5, versets 1 à 7. ― 4° Il doit se tourner vers Dieu, le juge équitable du juste et de l’impie, versets 8 à 16. ― 5° Heureux celui que Dieu châtie ! Dieu, par ce châtiment, veut lui préparer un grand bonheur, versets 17 à 27. Chacune de ces cinq pensées est tout à la fois une thèse et un reproche contre Job.]
Appelle donc (à ton secours), s’il y a quelqu’un qui te réponde, et adresse-toi à quelqu’un des saints. [5.1 Appelle donc , etc. Des adversaires du catholicisme ont prétendu prouver par ce passage que nous ne devions pas invoquer les saints, attendus qu’ils ne pouvaient connaître nos prières. D’abord les discours des amis de Job ne sont pas des dogmes reconnus pour tels par l’Eglise. Ensuite le but d’Eliphaz ici est tout simplement de prouver à Job que, puisque aucun saint n’a été traité de Dieu comme lui, il faut nécessairement que la cause de ses misères et de ses souffrances soit ses propres péchés.]
(Or) Sophar de Naama prit la parole et dit : [11.1 Sophar diffère de ses deux amis, Eliphaz et Baldad ; c’est un jeune homme à la parole vive, quelquefois injurieuse et blessante, surtout dans son second discours, chapitre 20 ; c’est le type des esprits étroits et à préjugés de son époque.]
Je vous demande seulement deux choses, et ensuite je ne me cacherai pas de devant votre face. [13.20 Seulement, ne me faites pas deux choses. Ainsi lisent l’hébreu et la Vulgate ; mais les Septante ne portent pas la négation, ce qui s’accorde beaucoup mieux avec la suite du discours.]
Mais quand l’homme est mort, dépouillé, consumé, dites-le-moi, que devient-il ? [14.10 Où est-il, je vous prie ? Les vivants ne peuvent plus le trouver, le voir et lui parler.]
Alors Job prit la parole et dit : [19.1 VI e discours de Job : II e réponse à Baldad, chapitre 19. C’est le discours le plus important de Job, et, à certains égards, du livre. Comme il ne peut plus compter sur ses amis, Job cherche à se consoler sans leur secours et se tourne plus que jamais vers Dieu. ― 1° Reproches à ses amis, versets 2 à 5. ― 2° Ils doivent songer que c’est Dieu lui-même qui le tourmente d’une manière si terrible, versets 6 à 12. ― 3° C’est pourquoi il lui a retiré l’appui de tous ceux qui l’avaient autrefois soutenu, versets 13 à 20. ― 4° Ils n’en devraient avoir que plus de compassion pour lui, car son droit demeure inébranlable ; aussi, il en est certain, il sera vengé dans une autre vie et le dernier jugement lui rendra justice, versets 21 à 29. C’est là le point culminant de la discussion. La vue de son Rédempteur attendrit le saint patriarche ; désormais sa fougue est tombée ; il n’a plus la même impétuosité et ne se plaint qu’avec calme ; mettant toute sa confiance en Dieu, il cherche moins à se défendre lui-même et se préoccupe plutôt de réfuter la thèse de ses adversaires.]
Eliphaz de Théman prit la parole et dit : [22.1 Troisième discussion, du chapitre 22 au chapitre 31. ― III e discours d’Eliphaz, chapitre 22. ― La troisième discussion est la plus courte par le nombre et l’étendue des discours. C’est encore Eliphaz qui l’ouvre. A la suite de ce que vient de dire Job, ses amis ne peuvent lui répondre logiquement que de deux manières, ou en niant le bonheur des méchants qu’il vient d’affirmer, ou en soutenant que ce bonheur ne prouve rien en sa faveur. Eliphaz ne fait directement ni l’un ni l’autre : il considère le discours de Job comme non avenu ; il déplace la question et prétend toujours avec la même assurance que les souffrances de son ami sont la punition de ses péchés. Devenant de plus en plus agressif, il accuse Job d’un grand nombre de crimes, versets 2 à 11 ; ― 2° il l’avertit de ne pas s’attirer par son obstination et son impénitence un jugement sévère comme celui que Dieu porte contre les impies, versets 12 à 20 ; ― 3° il lui promet, s’il s’amende, un retour de bonheur et une prospérité plus grande qu’autrefois, versets 21 à 30.]
Alors Job répondit en ces termes : [26.1 IX e discours de Job : III e réponse à Baldad, chapitre 26. ― Job répond brièvement au dernier discours de Baldad. ― 1° Il lui reproche ironiquement l’inutilité de ce qu’il vient de dire, versets 2 à 4, et il lui montre ensuite qu’il peut peindre, aussi bien que lui, la puissance de Dieu, ce qu’il fait en effet d’une manière supérieure. ― 2° Il décrit la puissance divine dans l’enfer (le scheôl ), versets 5 à 7 ; ― 3° dans les airs, versets 8 à 10 ; ― 4° dans le ciel et sur les mers, versets 11 à 14.]
Or ces trois hommes omirent de répondre à Job, parce qu’il se croyait (toujours) juste.
Ceins tes reins comme un homme (de cœur) ; je t’interrogerai, et tu me répondras. [38.3 Ceins , etc. Ceindre ses reins se disait chez les anciens Hébreux d’un homme qui entreprend un voyage, ou qui va au combat. ― Et tu me répondras ; littéralement et par hébraïsme : Et réponds-moi .]
Eliphaz le Thémanite, Baldad le Suhite et Sophar le Naamathite s’en allèrent donc, et firent ce que le Seigneur leur avait dit, et le Seigneur reçut Job favorablement.
Peut-on manger d’un mets fade, qui n’est pas assaisonné avec le sel ? ou quelqu’un peut-il goûter ce qui fait mourir celui qui en goûte ?
ainsi je n’ai eu que des mois vides, et je ne compte que des nuits douloureuses (laborieuses). [7.3 Des mois vides de repos et de consolation.]
Si j’ai été impie, malheur à moi ; et si je suis juste, je n’ose lever la tête, abreuvé (saturé) d’affliction et de misère. [10.15 Si j’ai été impie , etc. Injuste ou juste, je n’ai pas lieu de me plaindre, ni de vous accuser d’injustice. J’adore la profondeur de vos desseins. Comparer à Job, 9, vv. 15, 17, 21, 30, 31.]
En lui résident la force et la sagesse ; il connaît et celui qui trompe, et celui qui est trompé.
Pourquoi me persécutez-vous comme Dieu, et vous rassasiez-vous de ma chair ? [19.22 Pourquoi… vous rassasiez-vous de ma chair ? Pourquoi me calomniez-vous ou dites-vous du mal de moi ? Cette image se retrouve, sous des formes plus ou moins différentes, dans toutes les langues, quoique nous ne soyons pas habitués à la forme hébraïque. Un passage d’une lettre de Machiavel à Julien de Médicis permet de se rendre bien compte de cette figure de langage. « Je vous envoie, Julien, quelques grives… Si vous avez autour de vous quelqu’un qui se plaise à me mordre , vous pourrez lui en jeter une aux dents : en mangeant cet oiseau il oubliera de déchirer son prochain… De ma pauvre chair , mes ennemis tirent de bonnes bouchées . »]
que le méchant est réservé pour le jour de la ruine (perdition), et qu’il sera conduit (jusqu’)au jour de la fureur. [21.30 Ce verset renferme la réponse des passants, c’est-à-dire des voyageurs étrangers.]
Il étend le septentrion sur le vide, et suspend la terre sur le néant. [26.7 Ces paroles sont des images et ne doivent pas être prises à la lettre, comme l’a fait observer saint Thomas.]
Qui me donnera d’être comme au temps d’autrefois, comme aux jours où Dieu me gardait ? [29.2 Job, voyant que ses amis ne répondaient pas à ses raisons, continue à parler dans ce chapitre et les deux suivants. C’est ici un discours nouveau, mais qui tend au même but que les précédents. Il y fait d’abord son apologie en réponse aux reproches injustes que lui avait faits Eliphaz (voir Job, 22, verset 5 et suivants). Il termine par une peinture de ses maux, et soutient qu’ils ne sont pas la punition de ses crimes passés (du chapitre 29 au chapitre 31).]
C’est donc en cela même que tu n’es pas juste. Car je te réponds que Dieu est plus grand que l’homme.
Lors même que tu as dit : Il ne considère pas, ta cause est (juge-toi toi-même) devant lui, et attends-le. [35.14 Même lorsque , etc. Il y a dans ce verset une ellipse qui le rend tout à fait inintelligible. Or en insérant entre : Il ne considère pas et juge-toi toi-même , ces mots : Ta pensée était-elle équitable ? mots qu’on lit au verset 2, dans une phrase semblable, on a un sens parfaitement clair et suivi.]
Il fait connaître à celui qui aime qu’elle est son partage, et qu’il pourra s’élever (peut monter) jusqu’à elle.
Je ne l’exciterai pas comme par cruauté. Car qui est-ce qui peut résister à mon visage ? [41.2 Je ne suis , etc. Pour moi (c’est toujours Dieu qui parle) qui connais la force extraordinaire de Léviathan, je ne le susciterai pas contre les hommes par un esprit de cruauté. Je le pourrais, si je voulais ; car qui oserait résister à mon simple regard ?]
Job vécut après cela cent quarante ans, et il vit ses fils et les fils de ses fils jusqu’à la quatrième génération