Job - Chapitre 40

Job 40.1 Le Seigneur parla de nouveau à Job, et lui dit : Job 40.2 Ce(lui) qui dispute contre Dieu se réduit-il si facilement au silence ? Certes, quiconque reprend Dieu, doit lui répondre. Job 40.3 Job, répondant au Seigneur, lui dit : Job 40.4 Moi qui ai parlé avec légèreté (légèrement), que puis-je répondre ? Je n’ai qu’à mettre (mettrai) ma main sur ma bouche. Job 40.5 J’ai dit une chose, et puissé-je ne l’avoir pas dite, et une autre encore, et je n’ajouterai rien de plus. Job 40.6 Le Seigneur, parlant à Job du milieu d’un tourbillon, lui dit : [40.6 III e partie, chapitres 40 et 41. ― Pour lui faire reconnaître encore davantage son néant, Dieu continue : ― 1° Que Job montre sa sagesse en maîtrisant ce qu’il y a de plus indomptable au monde. Mais il n’est pas même en état de dominer Béhémoth, c’est-à-dire l’hippopotame, qu’on rencontre dans les eaux du Nil, en Egypte, où on l’appelait péhémouth , nom devenu, en hébreu, Béhémoth , c’est-à-dire « les bêtes ou le grand animal », chapitre 40, versets 2 à 19. ― 2° Il ne peut dompter non plus Léviathan, mot qui désigne le crocodile ; combien moins peut-il donc lutter contre Dieu, du chapitre 40, verset 20 au chapitre 41, verset 3. ― 3° Puissance redoutable et beauté de Léviathan, chapitre 41, versets 4 à 13. ― 4° Tableau de sa supériorité et de sa souveraineté incontestée dans son royaume, versets 14 à 26. ― Les chapitres 38 et 39 avaient parlé des animaux de la terre et des animaux de l’air ; la description se termine ainsi par les animaux aquatiques ou amphibies, par les deux animaux les plus singuliers de l’Egypte.] Job 40.7 Ceins tes reins comme un homme (de cœur) ; je t’interrogerai, et réponds-moi. [40.7 Ceins tes reins. Voir Job, 38, 3.] Job 40.8 Prétends-tu anéantir ma justice, et me condamneras-tu pour te justifier ? Job 40.9 As-tu un bras comme celui de Dieu ? et ta voix tonne-t-elle comme la sienne ? [40.9 Semblable à celle de Dieu.] Job 40.10 Revêts-toi de magnificence (majesté), élève-toi bien haut ; sois glorieux et pare-toi de vêtements magnifiques. Job 40.11 Dissipe les superbes dans ta fureur, et d’un regard humilie tout insolent (arrogant). Job 40.12 Jette les yeux sur tous les orgueilleux et confonds-les, et écrase sur place les impies. Job 40.13 Cache-les tous ensemble dans la poussière, et plonge leurs visages dans la fosse. Job 40.14 Et alors je confesserai que ta droite a le pouvoir de te sauver. Job 40.15 Voici Béhémoth, que j’ai créé avec toi ; il mange l’herbe (du foin) comme le bœuf. [40.15 Béhémoth ; à la lettre, bêtes d’une énorme grosseur , est ici un pluriel d’excellence. Quant à l’animal particulier que ce mot désigne, c’est la baleine , selon les anciens interprètes ; l’éléphant , selon quelques modernes ; mais Bochart semble avoir prouvé qu’on doit l’entendre de l’ hippopotame . Les Pères de l’Eglise appliquent au démon ou aux méchants animés de son esprit ce qui est dit ici de Béhémoth. ― Le nom de Béhémoth est hébreu, mais il a été vraisemblablement choisi à cause de sa ressemblance avec le mot égyptien Pehemouth , l’hippopotame, littéralement le bœuf d’eau, composé de p , article, ehe bœuf, et mout eau. Il se nourrit d’herbe comme le bœuf. Ce trait est relevé parce qu’il est surprenant dans un animal qui vit dans l’eau. C’est parce qu’il est herbivore que cet animal est malfaisant. Il ravage pendant la nuit les récoltes sur le bord du Nil.] Job 40.16 Sa force est dans ses reins, et sa vigueur (vertu) dans le nombril de son ventre. [40.16 Plusieurs commentateurs ont cru reconnaître l’éléphant dans Béhémoth. Le trait que nous avons ici : sa vertu dans le nombril de son ventre convient parfaitement à l’hippopotame, mais non pas à l’éléphant dont la peau du ventre est assez tendre. A 1 Machabées, 6, 46, Eléazar, tue un éléphant en lui perçant le ventre.] Job 40.17 Il dresse sa queue comme un cèdre ; les nerfs de ses testicules (cuisses) sont entrelacés. [40.17 La queue de l’hippopotame est petite mais forte.] Job 40.18 Ses os sont comme des tubes (tuyaux) d’airain ; ses cartilages, comme des lames de fer. [40.18 Les os de l’hippopotame sont d’une extrême dureté, quoiqu’ils soient minces comme doivent l’être ceux d’une bête destinée à nager dans l’eau.] Job 40.19 Il est à la tête des œuvres de Dieu ; celui qui l’a fait dirige son glaive. [40.19 Le commencement , etc. ; un chef-d’œuvre de la puissance de Dieu. ― Celui qui t’a fait , etc. ; c’est-à-dire Dieu seul qui l’a fait est capable de l’attaquer, de le vaincre et de le tuer ; ou selon d’autres (qui traduisent par le passé le futur du texte hébreu et de la Vulgate) : Dieu son créateur lui a donné son glaive, c’est-à-dire des dents tranchantes. L’hippopotame a des dents de la forme d’un sabre recourbé, harpé ; et l’éléphant, outre ses dents, a une trompe pour défense. ― Tous les commentateurs reconnaissent aujourd’hui dans ce glaive les dents de l’hippopotame. « Avec ses dents, dit Wood, l’hippopotame peut courber l’herbe aussi régulièrement qu’avec une faux. » Ces dents, dit l’abbé Prévot, dans son Histoire des voyages , « sont plus dures et plus blanches que l’ivoire. » Aussi les emploie-t-on volontiers comme dents artificielles.] Job 40.20 (C’est pour lui que) Les montagnes lui produisent des herbages ; c’est là que se jouent toutes les bêtes des champs. [40.20 Là ; près de lui, autour de lui. ― L’hippopotame va paître sur les collines qui bordent le Nil dans l’Egypte supérieure. Tous les animaux des champs se jouent autour de lui. Comme il est herbivore et non carnivore, les autres animaux n’ont pas à le redouter.] Job 40.21 Il dort sous l’ombre, dans le secret des roseaux, et dans des lieux humides. Job 40.22 Les ombres couvrent son ombre ; les saules du torrent l’environnent. Job 40.23 Il absorbera le fleuve et il ne s’en étonnera pas, et même il se promet que le Jourdain coulera dans sa gueule (bouche). [40.18 Allusion aux crues du Nil. Le Jourdain désigne ici, non le Jourdain de Palestine, mais le Nil.] Job 40.24 On le prendra en face (par les yeux) comme avec un hameçon, et on lui percera les narines avec des pieux. [40.19 On prendra, on percera , littéralement et par hébraïsme, il prendra, il percera . On emploie souvent en hébreu un verbe actif d’une manière impersonnelle.] Job 40.25 Pourras-tu enlever Léviathan à l’hameçon, et lui lier la langue avec une corde ? [40.25 Léviathan ; c’est le crocodile, selon l’opinion commune. Voir Job, 3, 8. Les Pères expliquent allégoriquement du démon ce qui est dit dans ce récit de Léviathan . ― Léviathan est moins un nom spécial qu’un nom générique. Etymologiquement, il signifie une chose qui se replie en guirlande, un serpent. Ici, il est appliqué au crocodile.] Job 40.26 Lui passeras-tu un cercle aux narines, et lui perceras-tu la mâchoire avec un anneau ? [40.21 Un passage du Voyage à la recherche des sources du Nil , de J. Bruce, nous donne un excellent commentaire de ce verset. Ce voyageur raconte que les pêcheurs des bords du Nil, quand ils prennent un poisson, le tirent à terre, lui passent un anneau de fer dans les branchies et le rejettent dans le fleuve, après lui avoir fait passer dans l’anneau une corde qui est solidement attachée au rivage. « Ceux qui désirent du poisson l’achètent ainsi vivant. Nous en achetâmes deux et le pêcheur nous en montra dix ou douze autres qui étaient ainsi prisonniers dans l’eau. »] Job 40.27 Multipliera-t-il devant toi les prières, et te dira-t-il de douces paroles ? Job 40.28 Fera-t-il un pacte avec toi, et le recevras-tu comme un esclave perpétuel ? Job 40.29 (Te) Joueras-tu avec lui comme avec (d’) un oiseau, et l’attacheras-tu pour tes servantes ? [40.29 Pour tes servantes ; c’est-à-dire pour amuser tes servantes. ― Dans l’Egypte supérieure, au rapport d’Hasselquist, les crocodiles dévorent très souvent les femmes qui viennent puiser de l’eau dans le Nil, et les enfants qui jouent sur le bord du fleuve.] Job 40.30 Les pêcheurs associés (Des mais) le couperont-ils en morceaux ? et les marchands le diviseront-ils ? [40.30 Des amis , etc. Tes amis découperont-ils le Léviathan sur ta table, ou des marchands en feront-ils trafic ? ― Ou plutôt, les associés, les pêcheurs qui s’unissent ensemble pour la pêche. ― Quoique le crocodile fût sacré dans quelques parties de l’Egypte, à Eléphantine et à Apollinopolis, on le salait, et on le vendait par morceaux, mais on ne pouvait le faire souvent, parce que comme l’indique le verset 26, il était très difficile de le prendre. ― Des marchands , en hébreu ; les Chananéens ou Phéniciens qui étaient des marchands si fameux que leur nom étaient devenu synonyme de marchands.] Job 40.31 Rempliras-tu tes filets de sa peau, et de sa tête le réservoir à poissons ? [40.31 Dans le texte original : Transperceras-tu sa peau avec des dards, et lui enfonceras-tu le harpon dans la tête ? Harponnait-on déjà le crocodile au temps de Job ? Ce verset semble prouver le contraire, ou au moins l’inefficacité du procédé. D’ailleurs encore aujourd’hui le harpon est généralement sans résultat, à moins qu’il ne frappe l’animal juste entre le cou et la tête ou dans le ventre. Les balles glissent sur ses écailles sans les entamer.] Job 40.32 Mets la main sur lui ; souviens-toi de ce combat (la guerre), et n’en parle plus (ne continue pas à parler). [40.32 Mets sur lui , etc. Si tu l’attaques, tu te souviendras du combat par les nombreuses et sanglantes blessures que tu y auras reçues et tu n’oseras pas en parler.]

Job : Chapitre 40

Le Discours de Dieu à Job : Une Réflexion sur la Souveraineté Divine

Dans le chapitre 40 du livre de Job, nous assistons à la continuation du discours de Dieu, un moment solennel où le Seigneur interpelle Job sur sa compréhension du pouvoir et de la justice. Ce texte frappant nous montre comment Dieu remet en question la capacité de l'homme à gouverner le monde avec équité. À travers de vives descriptions du Behemoth, qui pourrait être interprété comme un hippopotame ou une créature mythologique, Dieu illustre la puissance divine manifeste dans la création.

Les Thèmes Fondamentaux de Job 40

Ce chapitre aborde plusieurs thèmes essentiels : la souveraineté divine, l'humilité humaine et les limites de la compréhension mortelle face à la grandeur de Dieu. Ainsi, nous sommes invités à plonger plus profondément dans ces vérités bibliques, tout en considérant cinq passages qui enrichissent notre compréhension de ces thèmes profonds.

Passages Bibliques Éclairants

Nous vous proposons de méditer sur les versets suivants, qui illustrent le défi que Dieu lance à l'humanité :

Psaumes 50:21 : "Vous avez fait ces choses et j'ai gardé le silence ; Tu pensais que j'étais comme toi. Mais maintenant je te réprimande et je porte mes accusations contre toi." Ce verset souligne la distance entre la nature humaine et divine, rappelant que Dieu a le droit de remettre en question notre compréhension.

Ésaïe 45:9 : "Malheur à celui qui conteste avec son Créateur, à celui qui n'est qu'un éclat parmi les éclats sur la terre. L'argile peut-elle dire au potier : « Qu'est-ce que tu fais ? Son œuvre peut-elle dire : « Il n'a pas de mains » ?" Ce passage fait écho à l'interpellation divine faite à Job, remettant en question la légitimité de l'homme à défier son Créateur.

Romains 9:20 : "Mais qui es-tu, ô homme, pour interroger Dieu ? « Ce qui est formé peut-il dire à celui qui l'a formé : Pourquoi m'as-tu fait ainsi ? »" L'apôtre Paul emploie un discours similaire à celui de Dieu dans Job 40, affirmant la souveraineté de Dieu sur sa création.

Psaumes 104:26 : "Là-bas, les navires naviguent et le Léviathan que vous avez formé pour jouer." Ce verset fait référence à la description du Léviathan dans Job 40, représentant une créature façonnée par Dieu.

Ézéchiel 29:3 : "Dis-lui : Ainsi parle le Souverain Seigneur : Je suis contre toi, Pharaon, roi d'Egypte, toi grand monstre couché parmi ses ruisseaux. Vous dites : « Le Nil est à moi ; Je l'ai fait pour moi-même." Ce verset utilise un langage semblable à celui de la description de Behemoth dans Job 40, symbolisant une puissance terrestre sous la domination divine.

Conclusion

À travers ces réflexions, nous sommes appelés à reconnaître notre place dans la création et à admettre nos limites face à l'immensité de Dieu. Que ces passages nous guident dans notre compréhension de la souveraineté divine et nourrissent notre humilité devant le Créateur.