Vanité des vanités, (a) dit l’Ecclésiaste ; vanité des vanités, et tout est vanité.
Qu’est-ce qui a été ? C’est ce qui sera plus tard. Qu’est-ce qui s’est fait ? C’est ce qui doit se faire encore.
J’ai vu tout ce qui se fait sous le soleil, et voici que tout est vanité et affliction d’esprit.
J’ai dit en mon cœur : J’irai, et je regorgerai de (nagerai dans les) délices, et je jouirai des biens ; et j’ai vu que cela aussi était une vanité.
Puis, m’étant retourné vers tous les ouvrages que mes mains avaient faits, et vers les travaux où j’avais pris une peine inutile, j’ai vu en tout vanité et affliction d’esprit, et j’ai reconnu que rien n’est stable sous le soleil.
C’est pourquoi j’ai été las de la vie, en voyant que tout est mauvais (tous les maux qui sont) sous le soleil, et que tout est vanité et affliction d’esprit.
Toutes choses ont leur temps, et tout passe sous le ciel dans les délais qui lui ont été fixés (leurs limites). [3.1 Avec ce chapitre commence la 2 e section, chapitres 3 à 5. Elle établit que l’homme n’est pas le maître de son sort, mais qu’il est tout entier entre les mains de Dieu et sous la dépendance de sa Providence. Tous les événements de la vie sont fixés et réglés. L’homme doit donc s’y soumettre et tâcher de tirer le meilleur parti possible de la vie présente. Quelques que soient les maux et les injustices qui règnent sur la terre, si l’homme a la crainte de Dieu, s’il remplit ses devoirs, s’il se confie en la Providence, s’il estime à leur juste valeur les biens de ce monde, s’il se contente de jouir des biens qui lui sont donnés, il aura agi sagement. Cette 2e section nous montre donc l’impuissance des efforts humains pour atteindre le bonheur, parce que nous ne pouvons lutter contre les événements et contre la Providence. La conclusion est qu’il faut se résigner à supporter les maux qu’on ne peut éviter et à jouir des biens que Dieu nous donne.]
Il y a un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour s’affliger, et un temps pour danser (sauter de joie).
Il a fait toutes choses bonnes en leur temps, et il a livré le monde à leurs disputes, sans que l’homme puisse découvrir l’œuvre que Dieu a faite depuis le commencement jusqu’à la fin.
Et j’ai reconnu qu’il n’y a rien de meilleur que de se réjouir et de bien faire (le bien) pendant sa vie ; [3.12 Rien de mieux que de se réjouir ; que d’être joyeux, mais d’une joie sage et modérée, opposée aux soucis immodérés dont il est question dans la note précédente.]
Mieux vaut une main pleine avec du repos, que plein les deux mains avec travail et affliction d’esprit.
Il vaut donc mieux être deux ensemble que d’être seul, car ils retirent du profit de leur société.
Il vaut beaucoup mieux ne pas faire de vœux, que d’en faire et de ne pas les accomplir.
Quand le(s) bien(s) abonde(nt), il y a aussi beaucoup de gens pour le(s) manger. De quoi donc sert-il à celui qui le(s) possède(nt), sinon qu’il voit de ses yeux ses richesses ?
Il y a encore un autre mal que j’ai vu sous le soleil, et qui est (même) fréquent parmi les hommes : [6.1 La 3 e section embrasse les chapitres 6 à 8, verset 15. Elle montre que le bonheur n’est pas dans la recherche des richesses ni de la réputation. La sagesse pratique consiste à prendre les choses comme Dieu les envoie, à être patient, à ne pas se livrer aux récriminations, à obéir aux supérieurs.]
Qu’est-il nécessaire à l’homme de rechercher ce qui est au-dessus de lui, puisqu’il ignore ce qui lui est avantageux en sa vie, pendant le nombre des jours de sa pérégrination (son pèlerinage), et durant le temps qui passe comme une ombre ? Ou qui pourra lui indiquer ce qui doit être après lui sous le soleil ?
La bonne réputation vaut mieux que les parfums précieux, et le jour de la mort que le jour de la naissance. [7.1 Voir Proverbes, 22, 1.]
Il vaut mieux aller à une maison de deuil qu’à une maison de festin ; car dans celle-là on est averti de la fin de tous les hommes, et celui qui vit pense à ce qui doit lui arriver.
Ne sois pas prompt à t’irriter, car la colère repose dans le sein de l’insensé.
Car comme la sagesse protège, l’argent protège aussi ; mais la science et la sagesse ont cela de plus, qu’elles donnent la vie à celui qui les possède.
Ne sois pas trop juste, et ne sois pas plus sage qu’il n’est nécessaire, de peur que tu ne perdes la raison (deviennes insensible). [7.16 A l’excès ; c’est le sens qu’a ici, comme dans bien d’autres passages, le multum de la Vulgate. D’ailleurs le contexte, dans ce verset, suffirait seul pour le justifier.]
car il n’y a pas d’homme juste sur la terre qui fasse le bien et ne pèche point. [7.20 Voir 3 Rois, 8, 46 ; 2 Paralipomènes, 6, 36 ; Proverbes, 20, 9 ; 1 Jean, 1, 8.]
Il n’est pas au pouvoir de l’homme de retenir son souffle vital, et il n’a pas de puissance sur le jour de la mort ; il ne lui est pas permis de se reposer quand la guerre le menace, et l’impiété ne sauvera pas l’impie.
J’ai donc loué la joie, parce qu’il n’y a de bonheur pour l’homme sous le soleil qu’à manger, et à boire, et à se réjouir, et qu’il n’emporte que cela avec lui de son travail, pendant les jours de sa vie que Dieu lui a donnés sous le soleil. [8.15 Le but de l’auteur dans ce verset n’est nullement de recommander une vie molle et voluptueuse. Voir Ecclésiaste, 2, 24.]
Les vivants, en effet, savent qu’ils mourront ; mais les morts ne connaissent plus rien, et il n’y a plus pour eux de récompense, car leur mémoire est livrée à l’oubli. [9.5 Ils n’ont plus de récompense ; c’est-à-dire ils n’ont plus aucun moyen de mériter la récompense qui leur était promise, et qu’ils ont négligée.]
Va donc, et mange ton pain avec joie, et bois ton vin avec allégresse, car tes œuvres sont agréables à Dieu. [9.7 Va donc , etc. Voir, pour le vrai sens de ces paroles, Ecclésiaste, 2, 24.]
Tout ce que ta main peut faire, fais-le promptement, car il n’y a ni œuvre, ni raison, ni sagesse, ni science dans le séjour des morts (aux enfers) où tu te précipites.
Les hommes (vivants) emploient le pain et le vin (à se divertir et à faire des) (pour leur) festins, et tout obéit à l’argent.
Jette (Répands) ton pain sur les eaux qui passent, car après un long temps tu le retrouveras. [11.1 Répands ton pain , etc. Le vrai sens de ce verset paraît être : Jette ton pain dans l’eau qui passe, comme si tu n’espérais pas de le revoir ; c’est-à-dire fais du bien même aux ingrats ou aux malheureux, de qui tu n’as rien à attendre, parce que, plus tard, tu en recevras la récompense. Cette interprétation semble être autorisée par un passage de l’Evangile de saint Luc (14, 12-14).]
Comme tu ignores quel est le chemin du vent, et de quelle manière les os se lient dans le sein d’une femme grosse (enceinte), tu ne connais pas non plus les œuvres de Dieu, qui est le créateur de toutes choses.
Dès le matin sème ton grain, et que le soir ta main ne cesse pas (de semer) ; car tu ne sais pas lequel des deux lèvera, celui-ci ou celui-là ; que si l’un et l’autre lèvent, ce sera mieux (encore).
Réjouis-toi donc, jeune homme, dans ta jeunesse (ton adolescence), et que ton cœur soit dans la joie pendant les jours de ta jeunesse ; marche dans les voies de ton cœur et selon (dans) les regards de tes yeux, et (mais) sache que pour tout cela (ces choses) Dieu t’amènera en jugement. [11.9 Qu’heureux soit ; littéralement et par hébraïsme, dans le bien, le bonheur soit .]
Souviens-toi de ton Créateur pendant les jours de ta jeunesse, avant que vienne le temps de l’affliction, et que s’approchent les années dont tu diras : Elles ne me plaisent pas ; [12.1 Avant que vienne , etc. Cette phrase et les suivantes, jusqu’à la fin du verset 4, sont sous la dépendance de la proposition Souviens-toi de ton Créateur , dont elles forment l’apodose. ― Le temps de l’affliction ; c’est-à-dire de la vieillesse.]
et que la poussière retourne à (dans) la terre d’où elle a été tirée, et que l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné. [12.7 Ce verset suffit pour venger l’auteur de l’Ecclésiaste du reproche de matérialisme ; il est impossible de s’exprimer d’une manière plus claire sur le dogme de la survivance de l’âme au corps.]
Ecoutons tous ensemble la fin de ce discours : Crains Dieu et observe ses commandements ; car c’est là tout l’homme.
Et Dieu amènera en jugement tout ce qui se fait, au sujet de toute faute, soit le bien soit le mal (pour tout ce qui aura été commis).
Quel profit revient-il à l’homme de tout le travail qui l’occupe sous le soleil ?
Toutes choses sont difficiles ; l’homme ne peut les expliquer par la parole. L’œil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre. [1.8 Il n’y a pas de scepticisme dans ce verset ; nous y apprenons seulement que l’homme ne peut prétendre à approfondir et à expliquer entièrement les choses de ce monde, à cause des bornes trop étroites de son esprit.]
Et j’ai appliqué mon cœur à connaître la prudence et la doctrine, les erreurs et la folie, et j’ai reconnu qu’en cela aussi il y a peine (un travail) et affliction d’esprit, [1.17 La doctrine ; c’est-à-dire la science, les connaissances.]
Je n’ai rien refusé à mes yeux de tout ce qu’ils ont désiré, et j’ai permis à mon cœur de jouir de tous les plaisirs (toutes sortes de voluptés), et de prendre ses délices dans tout ce que j’avais préparé, et j’ai cru que mon partage était de jouir de mes travaux.
Tous ses jours sont pleins de douleurs et de misères (chagrins), et son âme n’a pas même de repos pendant la nuit. Et n’est-ce pas là une vanité ?
Il y a un temps pour naître, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté.
Il y a un temps pour jeter des (disperser les) pierres, et un temps pour les ramasser ; un temps pour embrasser, et un temps pour s’éloigner des embrassements.
J’ai vu l’affliction que Dieu a donnée aux fils des hommes, pour qu’ils soient tourmentés par elle.
car tout homme qui mange et qui boit, et qui retire du (voit le) bien de son travail, a cela par un don de Dieu. [3.13 Voit le bien ; hébraïsme, pour éprouver le bien, jouir du bien . C’est encore faussement que quelques incrédules prétendent trouver la morale d’Epicure dans ce verset, dont le sens tout naturel est que celui-là agit sagement qui, après avoir amassé quelques biens par son travail, en jouit modérément, comme d’autant de présents du ciel. Or, il n’y a rien là qui ressemble le moins du monde à l’épicurisme. Comparer à Proverbes, 2, 24.]
J’ai aussi (de nouveau) contemplé tous les travaux des hommes, et j’ai reconnu que leur (l’) industrie est exposée à l’envie des autres ; cela aussi est donc (une) vanité et (une) inquiétude inutile (soin superflu).
Et si quelqu’un est plus fort qu’un seul, les deux lui résistent ; un triple cordon se rompt difficilement.
Ne dis rien à la légère, et que ton cœur ne se hâte pas de proférer des paroles devant Dieu. Car Dieu est au ciel, et toi sur la terre ; c’est pourquoi, que tes paroles soient peu nombreuses.
et de plus, le (il y a un) roi (qui) commande à tout le pays qui lui est assujetti.
Un homme à qui Dieu a donné des richesses, et des biens, et de l’honneur, et qui ne manque pour son âme d’aucune de toutes les choses qu’il désire ; et Dieu ne lui a pas donné le pouvoir d’en manger, mais c’est un étranger qui dévorera tout : c’est là (une) vanité et (une) grande misère. [6.2 A son âme ; hébraïsme, pour à sa personne, à lui .]
Tout le travail de l’homme est pour sa bouche ; mais son âme ne sera pas rassasiée (remplie).
Mieux vaut être repris par un sage, que d’être trompé par la (les) flatterie(s) des insensés ;
Mieux vaut la fin d’un discours que le commencement. Mieux vaut l’homme patient que l’arrogant.
Ne dis point : D’où vient que les temps passés ont été meilleurs que ceux d’aujourd’hui ? car cette demande est insensée.
Il est bon que tu soutiennes le juste ; mais (même) ne retire pas (de celui-là) ta main (de celui qui ne l’est point), car celui qui craint Dieu ne néglige rien. [7.18 De celui-là ; c’est-à-dire de l’impie, nommé au verset 16. ― Ne néglige rien ; aucune occasion de faire le bien.]
J’ai examiné toutes choses dans mon esprit, pour savoir, et pour considérer, et pour chercher la sagesse et la raison de(s) tout (choses), et pour connaître la malice des insensés et l’erreur des imprudents ;
La sagesse de l’homme luit sur son visage, et le Tout-Puissant le lui change a son gré. [8.1 Voir Ecclésiaste, 2, 14. ― La sagesse luit , se fait remarquer sur le visage du sage, et le Tout-Puissant change son visage, selon les circonstances ; par exemple, il lui donnera un air triste ou joyeux, selon que le sage se trouvera avec des gens qui seront dans la tristesse ou dans la joie.]
Car parce qu’une sentence n’est pas immédiatement prononcée contre les méchants, les fils des hommes commettent le crime sans aucune crainte.
Mais tout est réservé pour l’avenir et demeure incertain, parce que tout arrive également au juste et à l’impie, au bon et au méchant, au pur et à l’impur, à celui qui immole des victimes et à celui qui méprise les sacrifices. L’innocent (Le bon) est traité comme le pécheur, et le parjure comme celui qui jure dans la vérité.
Et l’amour, et la haine, et l’envie ont péri avec eux, et ils n’ont plus de part à ce siècle, ni à tout ce (dans l’œuvre) qui se fait sous le soleil.
J’ai tourné mes pensées ailleurs, et j’ai vu que, sous le soleil, la course n’est point aux agiles (pour les prompts), ni la guerre aux (pour les) vaillants, ni le pain aux (pour les) sages, ni les richesses aux (pour les) habiles (savants), ni la faveur aux (pour les) meilleurs artisans (ouvriers habiles) ; mais que tout dépend du temps et des circonstances (du hasard).
Le cœur du sage est dans sa (main) droite, et le cœur de l’insensé dans sa (main) gauche.
Celui qui creuse une fosse y tombera, et celui qui renverse (détruit) une haie sera mordu par le (un) serpent. [10.8 Voir Proverbes, 26, 27 ; Ecclésiastique, 27, 29.]
Donnes-en une part à sept et même à huit (personnes), car tu ignores quel mal(heur) peut arriver sur la terre.
Celui qui observe le vent ne sème pas, et celui qui considère les nuages (nuées) ne moissonnera jamais.
Si un homme vit beaucoup d’années, et qu’il se réjouisse pendant toutes ces années, il doit se souvenir du temps de ténèbres, et des jours nombreux qui, lorsqu’ils seront venus, convaincront de vanité tout le passé.
Bannis la colère de ton cœur, et éloigne le mal (la malice) de ta chair ; car la jeunesse (l’adolescence) et le plaisir (la volupté) sont vanité(s). [11.10 Ta chair ; hébraïsme, pour ton corps, ta personne, toi .]
avant que s’obscurcissent le soleil, la lumière, la lune et les étoiles, et que les nuages (nuées) reviennent après la pluie ; [12.2 Le soleil, la lumière et les étoiles ; c’est-à-dire l’entendement, la mémoire, le raisonnement ; en un mot, les différentes facultés de l’esprit humain. ― Avant que les nuées , etc. ; ces paroles marquent une suite de maux qui se succèdent les uns aux autres.]
Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, et tout est vanité. [12.8 L’ épilogue , chapitre 12, versets 8 à 14, contient la solution du problème énoncé dans le prologue. Tous les efforts de l’homme pour obtenir la félicité complète sur la terre sont vains, voir Ecclésiaste, 12, 8 ; l’expérience de Salomon, le plus sage des hommes, qui a essayé de tout, en est la preuve, voir Ecclésiaste, 12, 9-10. Les livres sacrés, qui nous apprennent la vraie sagesse, conduisent à la vraie félicité, voir Ecclésiaste, 12, 11-12 ; ils nous apprennent qu’il y a un juge équitable qui, au grand jour du jugement, nous rendra selon nos œuvres. La règle de la vie, c’est donc de le craindre et de garder ses commandements, c’est-à-dire de pratiquer fidèlement la religion, voir Ecclésiaste, 12, 13-14. C’est par conséquent Dieu, la pensée de Dieu, qui résout le problème de la destinée de l’âme que s’est posé l’Ecclésiaste. Si Dieu n’intervient pas personnellement dans ce livre, comme dans celui de Job, avec lequel il a tant de ressemblance par le sujet, c’est lui du moins qui donne la solution comme dans Job. Dieu est toujours présent à Salomon ; il ne nomme pas moins de 37 fois dans douze chapitres ; c’est bien le crains Dieu qui est le devoir de l’homme, voir Ecclésiaste, 5, 6 ; 12, 13, d’où dépend sa félicité, voir Ecclésiaste, 8, 12, et son sort définitif, voir Ecclésiaste, 7, 18 (Vulgate, 7, 19) ; 11, 9 ; 12, 14. Telle est la pensée dominante de l’Ecclésiaste et l’explication du livre.]
et je résolus en moi-même de chercher et d’examiner avec sagesse tout ce qui se passe sous le soleil. Dieu a donné aux fils des hommes cette fâcheuse occupation (très pénible), afin qu’ils s’y exercent. [1.13 Les fils de l’homme ou des hommes , se met souvent dans la Bible pour les hommes mêmes, les humains .]
Les yeux du sage sont à sa tête ; l’insensé marche dans les ténèbres ; et j’ai reconnu (appris) qu’ils meurent tous deux l’un comme l’autre. [2.14 Voir Proverbes, 17, 24 ; Ecclésiaste, 8, 1.]
A l’homme qui lui est agréable, Dieu a donné la sagesse, et la science, et la joie ; mais au pécheur il a donné l’affliction et les soins inutiles, afin qu’il amasse et accumule, et qu’il laisse ses biens à celui qui est agréable à Dieu. Mais cela aussi est (une) vanité et un stérile tourment d’esprit.
J’ai appris que toutes les œuvres que Dieu a créées demeurent à perpétuité ; nous ne pouvons rien y ajouter, ni rien retrancher à ce que Dieu a fait afin qu’on le craigne.
L’insensé se croise les mains, et il mange sa propre chair, en disant :
Si tu as fait un vœu à Dieu, ne tarde pas à l’accomplir ; car la promesse infidèle et insensée lui déplaît ; mais accomplis tous les vœux que tu as faits.
On se répand en beaucoup de paroles de discussion, et (, dans la dispute) il y a là une grande vanité.
Jouis des biens au jour heureux, et tiens-toi prêt pour le mauvais jour ; car Dieu (il) a fait l’un comme l’autre, afin (sans) que l’homme (ne) trouve (pas) de justes plaintes contre lui.
Cependant, quoique le pécheur fasse cent fois le mal, et qu’il soit supporté avec patience, j’ai reconnu qu’il y aura du bonheur (le bien sera) pour ceux qui craignent Dieu et qui révèrent sa face.
Les paroles des sages s’entendent dans le calme (silence), plus que les cris du prince parmi les insensés.
Le travail des insensés les accablera, eux qui ne savent pas aller à la ville. [10.15 Le travail , etc. L’insensé est si paresseux, que tout travail le lasse et l’accable ; il est en même temps si ignorant et si stupide, qu’il ignore jusqu’au chemin de la ville.]
(Souviens-toi de ton Créateur) Avant que la chaîne (le cordon) d’argent soit rompue, que la bandelette d’or se retire, que la cruche se brise sur la fontaine, et que la roue se casse sur la citerne, [12.6 Souviens-toi de ton Créateur. Ces mots du 1 er verset sont évidemment sous-entendus ; sans eux, le sens des versets 6 et 7 resterait suspendu et serait incomplet. ― Le cordon d’argent et la bandelette d’or figurent probablement les liens qui attachent à la vie. ― La cruche qui se brise sur la fontaine peut signifier le cœur qui se brise à la source de la vie, et la roue qui se rompt sur la citerne , les poumons qui n’aspirent plus l’air.]
Une génération passe, et une génération vient ; mais la terre subsiste à jamais. [1.4 Pour toujours (in æternum) ne signifie pas éternellement. L’auteur veut dire simplement que tout dans ce monde paraît, passe et disparaît, tandis que la terre est stable, et, par sa stabilité, plus à l’abri que les autres êtres de perpétuelles révolutions. Ainsi il est évident que l’auteur n’enseigne pas l’éternité du monde, comme l’ont prétendu les incrédules.]
Les pervers se corrigent difficilement, et le nombre des insensés est infini.
Ne vaut-il pas mieux manger et boire, et montrer le bonheur à son âme du fruit de ses travaux ? Et cela vient de la main de Dieu. [2.24 Est-ce qu’il , etc. Le but de l’auteur dans ce verset est de nous prémunir contre une avarice sordide et la passion de rechercher les richesses, en disant qu’il vaut mieux passer sa vie à jouir avec modération des fruits de ses travaux, comme d’autant de dons du Créateur, que de s’en priver pour se consumer dans des soucis immodérés et dans une vaine poursuite des faux biens de ce monde. Ainsi rien ne prouve que cet auteur se montre épicurien, comme le veulent quelques incrédules.]
J’ai vu sous le soleil l’impiété dans le lieu établi pour le jugement, et l’iniquité dans le lieu de la justice ;
Si tu vois l’oppression des pauvres, et la violence dans les jugements, et le renversement de la justice dans une province, que cela ne t’étonne pas ; car celui qui est élevé en a un autre au-dessus de lui ; et il y en a encore d’autres qui sont élevés au-dessus d’eux ;
La sagesse est plus utile avec les richesses, et elle sert davantage à ceux qui voient le soleil.
J’ai aussi appliqué mon cœur à connaître la sagesse, et à considérer les occupations (la tension d’esprit) qui ont lieu (règne) sur la terre. Il est des hommes dont les yeux ne goûtent le sommeil ni jour ni nuit. [8.16 La 4 e et dernière section du livre de l’Ecclésiaste commence ici au verset et elle s’étend jusqu’au chapitre 12, verset 7. Elle donne le résumé des recherches et des expériences des trois sections précédentes et la conclusion finale. Il est impossible à la sagesse humaine d’approfondir l’œuvre de Dieu, voir Ecclésiaste, 8, 16-17 ; les bons, comme les méchants, sont soumis à la Providence dont la volonté est inscrutable, voir Ecclésiaste, 9, 1-2 ; ils doivent mourir et être oubliés, voir Ecclésiaste, 9, 3-6 ; nous devons donc jouir de la vie en attendant la mort, voir Ecclésiaste, 9, 7-10 ; le succès ne récompense pas toujours les efforts de l’habile et du sage, voir Ecclésiaste, 9, 11-12 ; la sagesse, quoique avantageuse en bien des cas, est souvent un objet de mépris pour la folie, voir Ecclésiaste, du chapitre 9, verset 13 au chapitre 10, verset 3. Nous devons être patients et obéir à ceux qui gouvernent, même quand ils sont injustes, parce que la résistance ne ferait qu’accroître nos maux, voir Ecclésiaste, 10, 4-11 ; la prudence dans les choses de la vie vaut mieux que la folie, voir Ecclésiaste, 10, 12-26. Il faut être charitable, dussions-nous faire des ingrats, car ceux à qui nous faisons du bien peuvent après tout nous en être reconnaissants, voir Ecclésiaste, 11, 1-2. Nous devons toujours travailler, puisque nous ignorons lesquels de nos efforts seront couronnés de succès, et rendre par ce travail la vie agréable, voir Ecclésiaste, 11, 3-8. Néanmoins, comme tout cela ne satisfait point l’âme, l’Ecclésiaste conclut en définitive que la pensée du jugement dernier doit être la règne de notre vie, voir Ecclésiaste, 11, 9-10, et que nous devons vivre depuis notre jeunesse jusqu’à la vieillesse dans la crainte de Dieu et du jugement final, dans lequel tout sera expliqué, voir Ecclésiaste, 12, 1-7.]
J’ai vu aussi sous le soleil une action qui m’a paru d’une très grande sagesse :
Si l’esprit de celui qui a la puissance s’élève contre toi, ne quitte pas ta place, car cette précaution arrêtera (le remède fera cesser) de très grands péchés. [10.4 Si l’esprit , etc. Le sens le plus naturel de ce verset est : Si un grand, un homme puissant est irrité contre toi, ne quitte pas ta place ; c’est-à-dire ne te décourage pas, mais sois modéré et doux ; car, par ce moyen, tu éviteras et tu feras éviter les plus grandes fautes. Remarquons que le terme hébreu rendu dans la Vulgate par remède (curatio) signifie aussi modération, douceur , soit dans les paroles, soit dans la manière d’agir ; signification qui convient parfaitement dans ce passage.]
lorsque les gardiens de la maison commenceront à trembler, que les hommes forts chancelleront, que celles qui moulent (son accoutumées de moudre) seront oisives et en petit nombre, et que ceux qui regardent par les ouvertures (trous) seront dans les ténèbres ; [12.3 Les gardes de la maison , etc. Le corps de l’homme est comparé ici à une maison, de même que dans Job, 4, 19, et dans saint Paul (voir 2 Corinthiens, 5, 1). Or, les gardes sont les bras et les mains. ― Celles qui , etc. ; signifient les dents qui, chez les vieillards, sont ordinairement en petit nombre, et ne peuvent plus mâcher, ni mordre les aliments, et sont, par conséquent, oisives. ― Ceux qui regardaient ; c’est-à-dire les yeux. L’hébreu et les Septante portent celles qui regardaient : ce qui se conçoit d’autant plus aisément que, dans la langue hébraïque, le mot yeux est au féminin. ― Par les trous ; par les orbites, les cavités du crâne où les yeux sont placés.]
On redoutera aussi les lieux élevés, et l’on aura des terreurs en chemin. L’amandier fleurira, la sauterelle s’engraissera, et la câpre n’aura plus d’effet (le câprier se dissipera) ; car l’homme s’en ira dans la maison de son éternité, et on parcourra les rues (places publiques) en pleurant. [12.5 On craindra aussi , etc. Les vieillards craindront de monter, parce que leurs jambes ne seront plus flexibles, ni leur poitrine et leur respiration libres et dégagées ; et dans le chemin même, ils marcheront avec peine, et toujours dans l’appréhension de trébucher, de rencontrer un sentier raboteux et inégal. ― L’amandier fleurira ; c’est-à-dire que les cheveux des vieillards paraîtront comme la fleur de l’amandier, qui fleurit blanc. ― La sauterelle engraissera ; c’est-à-dire, comme porte l’hébreu, deviendra lourde et pesante ; en sorte qu’elle ne pourra plus ni voler, ni sauter ; autre image de l’homme parvenu à la vieillesse. ― Le câprier se dissipera. Cet arbrisseau, s’entrouvrant, produit une fleur blanche qui tombe bientôt, et qui découvre une espèce de gland oblong. Or, cette fleur représente assez naturellement les cheveux blancs qui tombent de la tête des vieillards, et qui la leur laissent toute pelée et toute chauve. ― La maison de son éternité ; c’est-à-dire le tombeau, où il demeurera jusqu’à la fin du monde.]
Tous les fleuves entrent dans la mer, et la mer ne déborde pas ; les fleuves retournent (au lieu d’où ils étaient sortis), pour couler de nouveau.
J’ai dit en mon cœur touchant les fils des hommes, que Dieu les éprouve, et qu’il montre qu’ils sont semblables aux (à des) bêtes. [3.18-20 C’est à tort que les incrédules ont prétendu trouver du matérialisme dans ces passages. L’auteur ne veut parler que du corps, qui est matériel, et de la décomposition que la mort fait subir aux parties qui le composent, puisqu’à Ecclésiaste, 12, 7, il déclare formellement que l’âme survit au corps.]
Je me suis tourné vers d’autres choses, et j’ai vu les oppressions qui se font sous le soleil, et les larmes des innocents, qui n’ont pas de consolateur, et qui ne peuvent résister à la violence (des oppresseurs), abandonnés qu’ils sont de tout secours ; [4.1 Les oppressions ; littéralement les calomnies . Voir Proverbes, 14, 31. ― Des oppresseurs ; littéralement d’eux (eorum) , c’est-à-dire de ceux qui sont les auteurs des oppressions et des larmes dont il vient d’être fait mention.]
Et quand Dieu a donné à un homme des richesses et des biens, et le pouvoir d’en manger, et de jouir de sa part, et de trouver sa joie dans son travail, c’est là un don de Dieu.
La colère vaut mieux que le rire, car le cœur de celui qui pèche est corrigé par le visage triste. [7.3 Mieux vaut la colère ; c’est-à-dire le ton sévère, d’un homme juste, par exemple, que le rire ou l’approbation du méchant, parce qu’en effet le regard sévère du premier et la tristesse de son visage peuvent faire sur le pécheur une impression salutaire, et le porter à se corriger.]
C’est là ce qu’il y a de pire (plus fâcheux) parmi tout ce qui se fait sous le soleil ; les mêmes choses arrivent à tous. Aussi les cœurs des fils des hommes sont-ils remplis de malice et de mépris pendant leur vie, et après cela ils sont conduits au séjour des morts (aux enfers).
Les paroles de la bouche du sage sont pleines de grâce, mais les lèvres de l’insensé le feront tomber dans le précipice(ront) ;
Lorsque (Si) les nuées se seront remplies (sont pleines), elles répandront la pluie sur la terre. Si l’arbre tombe au midi ou au nord, en quelque lieu qu’il sera tombé il y demeurera (sera). [11.3 Il y sera ; c’est-à-dire il y restera.]
quand on fermera les portes sur la rue, quand la voix de celle qui moud sera faible, et qu’on se lèvera au chant de l’oiseau, et que les filles de l’harmonie (du chant) deviendront sourdes. [12.4 Et qu’on fermera , etc. Ces portes sont apparemment les lèvres que les vieillards ferment en mangeant, étant obligés de serrer leurs mâchoires et leurs gencives, pour mâcher avec elles, défaut de leurs dents. ― La rue ou la place publique ( platea ) désigne vraisemblablement ici le creux de la bouche. ― A la faible voix ; littéralement et par hébraïsme, à la faiblesse de la voix. ― Celle qui moud , peut s’entendre de la bouche elle-même, ou d’une des dents molaires. Comparer au verset précédent. ― Qu’on se lèvera , etc. Le sommeil des vieillards est court et souvent interrompu ; le moindre chant d’un petit oiseau les réveille. ― Les filles du chant , sont proprement les organes de la voix, tels que les poumons, l’épiglotte, les dents les lèvres, etc., comme aussi les oreilles, qui, dans la vieillesse, n’entendent plus et, par conséquent, sont entièrement insensibles à toute espèce de chant et d’harmonie. L’Ecriture nous en offre un exemple dans la personne du vieillard octogénaire Berzellaï (voir 2 Rois, 19, 35). Nous ferons observer, à cette occasion, qu’en hébreu l’expression fils ou fille d’une chose se donne à tout ce qui dépend de cette chose, à tout ce qui lui appartient, à tout ce qui a un rapport avec elle. ― L’image tirée de la faible voix de celle qui moud est très naturelle en Palestine. Le bruit de la meule qui écrase le pain caractérise les lieux habités en Orient, comme le bruit des voitures caractérise les grandes villes de l’Occident. On l’entend encore aujourd’hui quand on passe dans les rues des villes et des villages et près des campements arabes. ― Les figures et les métaphores employées dans cette description de la vieillesse peuvent nous paraître bien recherchées, mais sont tout à fait dans le goût des Orientaux. A la fin d’un manuscrit syriaque de la Sainte Ecriture, le copiste a écrit cette prière : « Daigne, Seigneur, ne pas nous priver de la récompense des cinq sœurs jumelles qui se sont fatiguées à travailler, et des autres sœurs qui leur ont prêté le secours du regard pour semer, avec la vertu de l’Esprit-Saint et les ailes d’un oiseau, leur semence dans un champ paisible. » Les cinq sœurs jumelles sont les cinq doigts de la main qui a écrit ; les deux autres sœurs jumelles sont les deux yeux ont lu le manuscrit copié ; les ailes de l’oiseau ont fourni leurs plumes pour écrire, le champ est le papier ou le parchemin et la semence, ce sont les pensées.]