Il y avait, en la terre de Hus * , un homme qui s’appelait Job. Cet homme était simple et droit, craignant Dieu et s’éloignant du mal. Située dans l’Idumée, sur les confins de l’Arabie.
Or, un jour que les enfants de Dieu étaient venus se présenter devant le Seigneur, Satan se trouva aussi au milieu d’eux * . Ce qu’on raconte ici du conseil tenu devant Dieu ne s’est point passé en réalité de cette manière. Mais, sous une figure prise de ce qui arrive dans les conseils des hommes, l’Écriture a voulu nous faire comprendre comment Dieu se sert des bons anges pour être ses ministres auprès de nous, et comment il permet à Satan de nous tenter pour nous éprouver .
Et le Seigneur lui dit : N’as-tu point considéré mon serviteur Job, qui n’a pas d’égal sur la terre, qui est un homme simple et droit, craignant Dieu et fuyant le mal ?
Et dit : Je suis sorti nu du sein de ma mère, et j’y retournerai nu. Le Seigneur m’a donné, le Seigneur m’a ôté ; comme il a plu au Seigneur, ainsi il a été fait : que le nom du Seigneur soit béni.
Satan lui répondit : L’homme donnera toujours peau pour peau, et il abandonnera tout pour sauver sa vie * . C’est-à-dire, il est toujours plus dur de souffrir dans sa propre personne que dans celle des autres, quelque chers qu’ils nous soient, comme l’étaient à Job ses propres enfants.
Le Seigneur dit à Satan : Va, il est en ta main ; mais ne touche point à sa vie.
Job lui répondit : Vous parlez comme une femme qui n’a point de sens. Si nous avons reçu les biens de la main du Seigneur, pourquoi n’en recevrions-nous pas les maux ? Dans toutes ces choses, Job ne pécha point par ses lèvres.
Après cela, Job ouvrit la bouche, et maudit le jour de sa naissance * ; Ces plaintes de Job sont comme le cri involontaire de la nature, accablée par la violence de la tentation et l’excès de la douleur. Comme on le voit par la suite, sa volonté demeura toujours soumise et unie à celle de Dieu.
L’homme naît pour le travail, et l’oiseau pour voler.
Heureux l’homme que Dieu corrige lui-même ! Ne repoussez donc point le châtiment du Seigneur :
Car le Seigneur m’a mis en butte à ses flèches. L’indignation qu’il répand sur moi épuise mes esprits, et les terreurs qu’il me donne m’assiègent de toutes parts.
La vie de l’homme sur la terre est une guerre continuelle, et ses jours sont semblables aux jours du mercenaire.
Qu’est-ce que l’homme, pour que vous le regardiez comme quelque chose de grand ? Comment daignez-vous appliquer sur lui votre cœur ?
De telle sorte que votre première fortune aura été peu, comparée aux grandeurs de la seconde.
Je sais véritablement qu’il en est ainsi, et que l’homme, comparé à Dieu, ne sera pas trouvé juste.
Dieu est sage en son cœur, et puissant en sa force. Qui lui a résisté, et a trouvé la paix ?
Il fait des choses grandes, qu’on ne saurait comprendre, et des choses merveilleuses, qu’on ne saurait compter.
Mon âme est lasse de la vie ; je m’abandonnerai aux plaintes contre moi-même, je parlerai dans l’amertume de mon cœur.
Vous m’avez donné la vie et comblé de bienfaits, et la continuation de votre secours a conservé mon souffle.
Prétendez-vous sonder les voies de Dieu, et découvrir en perfection les secrets du Tout-Puissant ?
Lui qui tient dans sa main l’âme de tout ce qui respire, et tous les esprits qui animent la chair des hommes.
Quand même il me tuerait, j’espérerais en lui ; cependant j’exposerai hardiment mes voies en sa présence,
L’homme, né de la femme, a peu de temps à vivre, et il est rempli de beaucoup de misères.
L’homme, une fois mort, pensez-vous qu’il revive ? Dans cette guerre où je me trouve maintenant, j’attends tous les jours que mon changement arrive * . Le changement de mon état de corruption en un état d’immortalité et de gloire éternelle.
Voici qu’entre ses saints mêmes il n’en est aucun qui ne soit sujet au changement, et les cieux ne sont pas purs devant ses yeux.
Car j’ai dans le ciel un témoin ; et Celui qui connaît mon cœur habite au plus haut des cieux.
Mes jours se sont écoulés, mes pensées se sont dissipées en me déchirant le cœur.
Qui m’accordera que mes paroles soient écrites ? Qui me donnera qu’elles soient tracées dans un livre,
Car je sais que mon R ÉDEMPTEUR est vivant, et qu’au dernier jour je ressusciterai de la terre ;
Que je serai une seconde fois revêtu de ma peau ; que je verrai mon Dieu dans ma chair.
Je le verrai moi-même, et non un autre, et je le contemplerai de mes propres yeux. C’est là l’espérance qui repose dans mon sein * . Nul autre écrivain sacré, même depuis la naissance du Sauveur, n’a parlé plus clairement que Job de la résurrection future de nos corps. « N’attendant plus que la mort dans l’extrémité où il était réduit, il ne pensait plus au rétablissement de sa santé ; mais il se consolait uniquement par la certitude de cette grande espérance. » (S. J ÉRÔME .)
Pourquoi donc les impies vivent-ils ? Pourquoi sont-ils élevés et affermis au sein des richesses ?
Soumettez-vous donc à Dieu, et demeurez en paix ; et par là vous goûterez des fruits délicieux.
Qui me donnera de connaître et de trouver Dieu, et d’arriver jusqu’à son trône ?
Pour lui, il connaît le sentier où je marche, et il m’éprouve comme l’or qui passe par le feu.
L’homme, comparé avec Dieu, peut-il être justifié ? et celui qui est né d’une femme paraîtra-t-il pur devant lui ?
Voilà une faible partie de ses œuvres. Si ce qu’il nous fait entendre est comme une goutte légère, qui pourra soutenir le tonnerre de sa grandeur ?
Mais la sagesse, où se trouve-t-elle ? et quel est le séjour de l’intelligence ?
Et il a dit à l’homme : Craindre le Seigneur, voilà la sagesse ; se retirer du mal, voilà l’intelligence.
Et maintenant je suis le jouet d’enfants dont je n’aurais pas daigné mettre les pères avec les chiens de mon troupeau,
J’ai fait un pacte avec mes yeux, pour ne pas même penser à une vierge.
Qui me donnera quelqu’un qui m’entende, afin que le Tout-Puissant prête l’oreille à mes désirs, et que Celui qui juge écrive tout lui-même dans un livre ;
Mais, comme je le vois, l’esprit est dans l’homme, et c’est l’inspiration du Tout-Puissant qui donne l’intelligence.
L’Esprit de Dieu m’a créé, et le souffle du Tout-Puissant m’a donné la vie.
Vous donc, qui avez de la sagesse, écoutez-moi. Loin de nous d’attribuer l’impiété à Dieu, et l’injustice au Tout-Puissant !
Qui n’a pas égard à la personne des princes ; qui n’a point de considération pour le tyran lorsqu’il dispute contre le pauvre, car tous les hommes sont les ouvrages de ses mains.
Et nul d’eux ne dit : Où est le Dieu qui m’a créé, qui nous fait chanter des hymnes de joie pendant la nuit,
Dieu ne rejette point les puissants, étant puissant lui-même * . C’est-à-dire que la puissance de Dieu ne le porte point à rejeter les hommes puissants, comme s’il était capable de leur porter quelque envie, ou de les craindre.
Certes Dieu est grand, il surpasse notre science, et ses années sont innombrables.
Écoutez ceci, Job ; arrêtez-vous et considérez les merveilles de Dieu.
Alors le Seigneur répondant à Job du milieu d’un tourbillon * , lui dit : Dieu apparaît comme juge : de là vient qu’il apparaît au milieu des tonnerres et des éclairs.
Où étais-tu quand je posais les fondements de la terre ? Dis-le-moi, si tu as l’intelligence.
Lorsque les astres du matin * me louaient tous ensemble, et que les enfants de Dieu * tressaillaient d’allégresse ? Ce matin dont Dieu parle est le commencement du monde, le premier temps de la création de l’univers. Des anges.
Et j’ai dit : Tu viendras jusque-là, et tu n’iras pas plus loin ; ici tu briseras l’orgueil de tes flots.
Qui est le père de la pluie ? Qui a engendré les gouttes de la rosée ?
Est-ce par ta sagesse que l’épervier se couvre de plumes, en étendant ses ailes vers le midi ?
Celui qui dispute contre Dieu se réduit-il si facilement au silence ? Sans doute, celui qui reprend Dieu doit lui répondre.
Moi qui ai parlé si légèrement, que puis-je répondre ? Je n’ai qu’à mettre ma main sur ma bouche.
Des lampes sortent de sa gueule comme des torches ardentes.
Job répondit au Seigneur, et dit :
Je sais que vous pouvez tout, et qu’il n’y a point de pensée qui vous soit cachée.
Quel est celui qui, par un effet de son ignorance, prétend dérober à Dieu le conseil et la sagesse ? Oui, j’ai parlé indiscrètement, et de choses qui surpassaient sans comparaison toute ma science.
Mon oreille vous avait entendu ; maintenant mes yeux vous voient.
C’est pourquoi je m’accuse moi-même, et je fais pénitence dans la poussière et dans la cendre.
Le Seigneur aussi se laissa fléchir à la pénitence de Job, lorsqu’il priait pour ses amis, et lui rendit le double de tout ce qu’il possédait auparavant.
Et le Seigneur bénit Job dans son dernier état encore plus que dans le premier ; et il eut quatorze mille brebis, six mille chameaux, mille paires de bœufs et mille ânesses.
Le Seigneur répondit à Satan : Va ; tout ce qu’il a est en ton pouvoir ; seulement, n’étends pas la main sur lui. Et Satan sortit de la présence du Seigneur.
Alors Job se leva, déchira ses vêtements, et, s’étant rasé la tête, il se jeta par terre, adora Dieu,
Le Seigneur lui dit : N’as-tu point considéré mon serviteur Job, qui n’a point d’égal sur la terre, qui est un homme simple et droit, craignant Dieu et s’éloignant du mal, et conservant toujours son innocence ? Cependant tu m’as porté à agir contre lui pour l’affliger sans qu’il l’ait mérité.
Satan, étant sorti de la présence du Seigneur, frappa Job d’un ulcère horrible * , depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête. On pense que c’était la lèpre, cette lèpre horrible et douloureuse acclimatée particulièrement en Égypte, et qu’on nomme éléphantiasis, parce qu’elle fait enfler les pieds comme ceux d’un éléphant. Les souffrances de cette maladie réagissent tellement sur l’âme, qu’elle est continuellement obsédée par les inquiétudes, la défaillance et le dêgoût.
Ils demeurèrent avec lui assis sur la terre durant sept jours et durant sept nuits * , et nul ne lui dit une parole, car ils voyaient que sa douleur était extrême. Non pas sans prendre du repos et de la nourriture, mais en passant la plus grande partie du temps auprès de lui.
L’homme osera-t-il se justifier en se comparant à Dieu, et sera-t-il plus pur que Celui qui l’a créé ?
C’est pourquoi j’adresserai mes prières au Seigneur, et je parlerai avec confiance à Dieu,
Dans vos discours, vous ne vous étudiez qu’à blâmer, et vous ne proférez que des paroles en l’air.
J’ai perdu l’espérance, et je ne vivrai pas plus longtemps. Épargnez-moi ; car mes jours ne sont rien.
(Car, pour nous, nous sommes d’hier et ne savons rien, parce que nos jours sur la terre sont comme l’ombre) ;
S’il vient à moi, je ne le verrai pas ; s’il s’éloigne, je ne m’en apercevrai point.
Si j’entreprends de me justifier, ma bouche me condamnera ; si je veux montrer que je suis innocent, il me convaincra d’être coupable.
Ce sont vos mains qui m’ont formé ; ce sont elles qui ont disposé toutes les parties de mon corps ; et, après cela, vous voudriez en un moment me précipiter dans l’abîme !
Alors, pur et sans tache, vous pourrez lever la tête, vous serez affermi, et vous ne craindrez pas.
Mais en Dieu résident la sagesse et la force ; c’est lui qui possède le conseil et l’intelligence.
Quelles sortes d’iniquités et de péchés ai-je commises ? Faites-moi voir mes crimes et mes offenses.
Un arbre n’est point sans espérance : quand on l’a coupé, il reverdit, et ses branches poussent de nouveaux rejetons.
Vous accusez dans vos discours Celui qui ne vous est pas égal * , et vous parlez d’une manière qui ne peut que vous être désavantageuse. C’est-à-dire Dieu.
Pourquoi l’homme ne peut-il se justifier devant Dieu comme il se justifie devant un autre homme, son semblable ?
Qu’elles soient gravées sur une lame de plomb avec un stylet de fer, ou sur la pierre avec le ciseau * ? Ce qu’il veut qu’on écrive n’est pas simplement ce qu’il a dit, mais ce qu’il va dire : l’expression de sa foi au Rédempteur, son espérance de la résurrection.
Mais qui entreprendra d’enseigner quelque chose à Dieu, lui qui est le juge des grands ?
Car celui qui aura été humilié sera dans la gloire, et celui qui aura baissé les yeux sera sauvé.
Je ne me suis point écarté au commandement de ses lèvres, et j’ai caché dans mon sein les paroles de sa bouche.
Aucun temps n’est caché au Tout-Puissant ; mais ceux qui le connaissent ne connaissent point ses jours.
Car quelle est l’espérance de l’hypocrite, s’il ravit le bien d’autrui par son avarice, et que Dieu ne délivre point son âme * ? Et que Dieu ne délivre pas son âme de cette passion.
Elle ne se donne pas pour l’or le plus pur, et elle ne s’achète pas au poids de l’argent.
Je crie vers vous, ô mon Dieu, et vous ne m’écoutez point ; je me présente à vous, et vous ne me regardez pas.
Ceux qui ont vécu longtemps ne sont pas toujours les plus sages, et la lumière de la justice n’est pas toujours le partage de la vieillesse.
Dieu est mon créateur comme il est le vôtre, et j’ai été formé de la même boue.
Car les yeux de Dieu sont sur les voies des hommes, et il considère toutes leurs démarches.
Si vous péchez, en quoi nuirez-vous à Dieu ? Et si vos iniquités se multiplient, que ferez-vous contre lui ?
Ne voyez-vous pas combien Dieu est élevé dans sa puissance ? Parmi les législateurs, nul ne lui est semblable.
Dieu se rendra admirable par la voix de son tonnerre. C’est lui qui fait des choses grandes et impénétrables ;
Quel est celui-là * qui enveloppe des sentences dans de téméraires discours ? Dieu d’abord s’adresse directement à Job.
Es-tu entré dans les trésors de la neige ? As-tu vu les trésors de la grêle,
Sais-tu dans quel temps les chèvres sauvages mettent bas au fond des rochers ? As-tu observé l’enfantement des biches * ? Dieu veut faire connaître à Job la faiblesse de l’esprit humain : car si l’homme ignore ce que la nature fait dans les différents animaux, il ne doit pas vouloir approfondir les secrets impénétrables de la conduite de Dieu.
Oseras-tu anéantir ma justice, et me condamner pour te justifier ?
Écoutez-moi, et je parlerai ; je vous interrogerai, instruisez-moi.
et il mourut fort avancé en âge et plein de jours.
En toutes ces choses, Job ne pécha point par ses lèvres, et il ne proféra rien d’insensé contre Dieu.
Là se termine le bruit qu’ont fait les impies ; là les forts, après leur travail et leur lassitude, trouvent le repos ;
Alors Éliphaz, de Théman, prit la parole, et dit :
Appelez donc à votre secours, s’il en est qui puisse vous répondre, et adressez-vous à quelqu’un des saints.
Alors Sophar, de Naamath, prenant la parole, répondit :
Je ne vous demande, Seigneur, que deux choses, et ensuite je ne me cacherai plus devant votre face.
Mais quand l’homme est mort, qu’il est dépouillé et consumé, alors, je vous prie, que devient-il ?
Alors Job, prenant la parole, répondit :
Éliphaz, de Théman, prenant la parole, répondit :
Alors Job répondit :
Les trois amis de Job cessèrent de lui répondre, voyant qu’il continuait à se croire juste.
Ceins tes reins comme un homme fort ; je t’interrogerai, et tu me répondras.
Alors Éliphaz, de Théman, Baldad, de Suh, et Sophar, de Naamath s’en allèrent, et firent ce que le Seigneur leur avait dit, et le Seigneur écouta Job.
Peut-on manger un mets insipide que le sel n’assaisonne pas ? et quel goût peut-on trouver dans un aliment qui donne la mort ?
Ainsi je ne vois dans ma vie que des mois vides, je n’y compte que des nuits de douleur.
Si j’ai vécu en impie, malheur à moi ! et si je suis juste, je ne lèverai point la tête, étant rassasié d’affliction et de misère.
En lui sont la force et la sagesse ; il connaît et celui qui trompe et celui qui est trompé.
Pourquoi me persécutez-vous comme Dieu, et vous rassasiez-vous de ma chair ?
Que le méchant est réservé pour le moment où il doit périr, et que Dieu le conduira jusqu’au jour où il doit répandre sur lui sa fureur.
Il fait reposer le pôle du septentrion * sur le vide, et il suspend la terre sur le néant. Le pôle du septentrion, appelé le pôle arctique, lequel se prend ici pour le monde entier.
Qui me donnera d’être ce que j’étais autrefois, dans ces premiers jours où Dieu prenait soin de me garder ;
C’est en cela même que vous avez montré que vous n’êtes pas juste. Je vous répondrai que Dieu est plus grand que l’homme.
Ainsi, lorsque vous avez dit de Dieu : Il ne considère point ce qui se passe ; jugez-vous vous-même en sa présence, et attendez-le.
Il fait connaître à celui qu’il aime que la lumière est son partage, et qu’il pourra s’élever jusqu’à elle.
Je ne le susciterai point par un effet de cruauté * ; car qui peut résister à mes regards ? En continuant de décrire ce monstre marin nommé Léviathan , il semble que Dieu fasse allusion au démon, à qui il avait permis de s’élever contre Job.
Job vécut encore cent quarante ans. Il vit ses fils et les enfants de ses fils jusqu’à la quatrième génération ;