Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste ; vanité des vanités, tout est vanité.
Ce qui a été, c’est ce qui sera ; et ce qui a été fait, est ce qui se fera, et il n’y a rien de nouveau sous le soleil.
J’ai regardé tout ce qui se faisait sous le soleil, et voilà tout est vanité, et rongement d’esprit.
J’ai dit en mon cœur : Voyons, que je t’éprouve maintenant par la joie, et prends du bon temps ; et voilà, cela aussi est une vanité.
Mais ayant considéré toutes mes œuvres que mes mains avaient faites, et tout le travail auquel je m’étais occupé en les faisant, voilà tout était vanité, et rongement d’esprit ; tellement que l’homme n’a aucun avantage de ce qui est sous le soleil.
C’est pourquoi j’ai haï cette vie, à cause que les choses qui se sont faites sous le soleil m’ont déplu ; car tout est vanité, et rongement d’esprit.
À toute chose sa saison, et à toute affaire sous les cieux, son temps.
Un temps de pleurer, et un temps de rire ; un temps de lamenter, et un temps de sauter [de joie] ;
Il a fait que toutes choses sont belles en leur temps ; aussi a-t-il mis le monde en leur cœur, sans toutefois que l’homme puisse comprendre d’un bout à l’autre l’œuvre que Dieu a faite.
C’est pourquoi j’ai connu qu’il n’y a rien de meilleur aux hommes, que de se réjouir, et de bien faire pendant leur vie.
Mieux vaut plein le creux de la main, avec repos, que pleines les deux paumes, [avec] travail et rongement d’esprit.
Deux valent mieux qu’un ; car ils ont un meilleur salaire de leur travail.
Quand tu auras voué quelque vœu à Dieu, ne diffère point de l’accomplir ; car il ne prend point de plaisir aux fous ; accomplis donc ce que tu auras voué.
Celui qui aime l’argent, n’est point assouvi par l’argent ; et celui qui aime un grand train, n’en est pas nourri ; cela aussi est une vanité.
Il y a un mal que j’ai vu sous le soleil, et qui est fréquent parmi les hommes.
Car qui est-ce qui connaît ce qui est bon à l’homme en sa vie, pendant les jours de la vie de sa vanité, lesquels il passe comme une ombre ? Et qui est-ce qui déclarera à l’homme ce qui sera après lui sous le soleil ?
La réputation vaut mieux que le bon parfum ; et le jour de la mort, que le jour de la naissance.
Il vaut mieux aller dans une maison de deuil, que d’aller dans une maison de festin ; car en celle-là est la fin de tout homme, et le vivant met cela en son cœur.
Ne te précipite point dans ton esprit pour te dépiter ; car le dépit repose dans le sein des fous.
Car [on est à couvert] à l’ombre de la sagesse, de même qu’à l’ombre de l’argent ; mais la science a cet avantage, que la sagesse fait vivre celui qui en est doué.
Ne te crois pas trop juste, et ne te fais pas plus sage qu’il ne faut ; pourquoi en serais-tu surpris ?
Certainement il n’y a point d’homme juste sur la terre, qui agisse [toujours] bien, et qui ne pèche point.
L’homme n’est point le maître de son esprit pour le pouvoir retenir ; il n’a point de puissance sur le jour de la mort ; et il n’y a point de délivrance en une telle guerre ; et la méchanceté ne délivrera point son maître.
C’est pourquoi j’ai prisé la joie, parce qu’il n’y a rien sous le soleil de meilleur à l’homme, que de manger et de boire, et de se réjouir ; c’est aussi ce qui lui demeurera de son travail durant les jours de sa vie, que Dieu lui donne sous le soleil.
Certainement les vivants savent qu’ils mourront, mais les morts ne savent rien, et ne gagnent plus rien ; car leur mémoire est mise en oubli.
Va, mange ton pain avec joie, et bois gaiement ton vin ; car Dieu a déjà tes œuvres pour agréables.
Tout ce que tu auras moyen de faire, fais-le selon ton pouvoir ; car au sépulcre, où tu vas, il n’y a ni occupation, ni discours, ni science, ni sagesse.
On apprête la viande pour se réjouir, et le vin réjouit les vivants ; mais l’argent répond de tout.
Jette ton pain sur la surface des eaux ; car avec le temps tu le trouveras.
Comme tu ne sais point quel est le chemin du vent, ni comment [se forment] les os dans le ventre de celle qui est enceinte ; ainsi tu ne sais pas l’œuvre de Dieu, [et] comment il fait tout.
Sème ta semence dès le matin, et ne laisse pas reposer tes mains le soir ; car tu ne sais point lequel sera le meilleur, ceci ou cela ; et si tous deux seront pareillement bons.
Jeune homme, réjouis-toi en ton jeune âge, et que ton cœur te rende gai aux jours de ta jeunesse, et marche comme ton cœur te mène, et selon le regard de tes yeux ; mais sache que pour toutes ces choses Dieu t’amènera en jugement.
Quand aussi l’on craindra ce qui est haut, et qu’on tremblera en allant ; quand l’amandier fleurira, et quand les cigales se rendront pesantes ; et que l’appétit s’en ira, (car l’homme s’en va dans la maison où il demeurera à toujours), et quand on fera le tour par les rues, en menant deuil.
Les paroles des sages sont comme des aiguillons, et les maîtres qui en ont fait des recueils, sont comme des clous fichés, [et ces choses] ont été données par un Pasteur.
Mon fils garde-toi de ce qui est au-delà de ceci ; car il n’y a point de fin à faire plusieurs Livres, et tant d’étude n’est que travail qu’on se donne.
Quel avantage a l’homme de tout son travail auquel il s’occupe sous le soleil ?
Toutes choses travaillent [plus que] l’homme ne saurait dire : l’œil n’est jamais rassasié de voir, ni l’oreille assouvie d’ouïr.
Et j’ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse, et à connaître les sottises et la folie, [mais] j’ai reconnu que cela aussi était un rongement d’esprit.
Enfin, je n’ai rien refusé à mes yeux de tout ce qu’ils ont demandé, et je n’ai épargné aucune joie à mon cœur ; car mon cœur s’est réjoui de tout mon travail ; et c’est là tout ce que j’ai eu de tout mon travail.
Puisque tous ses jours ne sont que douleurs, et son occupation que chagrin ; même la nuit son cœur ne repose point ; cela aussi est une vanité.
Il y a un temps de naître, et un temps de mourir ; un temps de planter, et un temps d’arracher ce qui est planté ;
Un temps de jeter des pierres, et un temps de les ramasser ; un temps d’embrasser, et un temps de s’éloigner des embrassements ;
J’ai considéré cette occupation que Dieu a donnée aux hommes pour s’y appliquer.
Et même, que chacun mange et boive, et qu’il jouisse du bien de tout son travail, c’est un don de Dieu.
Puis j’ai regardé tout le travail, et l’adresse de chaque métier, [et j’ai vu] que l’un porte envie à l’autre ; cela aussi est une vanité, et un rongement d’esprit.
Que si quelqu’un force l’un ou l’autre, les deux lui pourront résister ; et la corde à trois cordons ne se rompt pas sitôt.
Quand tu entreras dans la maison de Dieu, prends garde à ton pied ; et approche-toi pour ouïr, plutôt que pour donner [ce que donnent] les fous, [savoir] le sacrifice ; car ils ne savent point qu’ils font mal.
Si tu vois dans la Province qu’on fasse tort au pauvre, et que le droit et la justice [y] soient violés, ne t’étonne point de cela ; car un plus haut élevé que ce haut élevé y prend garde, et il y en a de plus haut élevés qu’eux.
C’est qu’il y a tel homme à qui Dieu donne des richesses, des biens, et des honneurs, en sorte qu’il ne manque rien à son âme de tout ce qu’il saurait souhaiter ; mais Dieu ne l’en fait pas le maître pour en manger, et un étranger le mangera ; cela est une vanité, et un mal fâcheux.
Tout le travail de l’homme est pour sa bouche, et cependant son désir n’est jamais assouvi.
Il vaut mieux ouïr la répréhension du sage, que d’ouïr la chanson des fous.
Mieux vaut la fin d’une chose, que son commencement. Mieux vaut l’homme qui est d’un esprit patient, que l’homme qui est d’un esprit hautain.
Ne dis point : D’où vient que les jours passés ont été meilleurs que ceux-ci ? Car ce que tu t’enquiers de cela n’est pas de la sagesse.
Il est bon que tu retiennes ceci, et aussi que tu ne retires point ta main de l’autre ; car qui craint Dieu sort de tout.
Moi et mon cœur nous nous sommes agités pour savoir, pour épier, et pour chercher la sagesse, et la raison [de tout] ; et pour connaître la malice de la folie, de la bêtise, [et] des sottises ;
Qui est tel que le sage ? et qui sait ce que veulent dire les choses ? La sagesse de l’homme fait reluire son visage, et son regard farouche en est changé.
Parce que la sentence contre les mauvaises œuvres ne s’exécute point incontinent, à cause de cela le cœur des hommes est plein au-dedans d’eux-mêmes [d’envie] de mal faire.
Tout arrive également à tous ; un même accident arrive au juste et au méchant ; au bon, au net, et au souillé ; à celui qui sacrifie, et à celui qui ne sacrifie point ; le pécheur est comme l’homme de bien ; celui qui jure, comme celui qui craint de jurer.
Aussi leur amour, leur haine, leur envie a déjà péri, et ils n’ont plus aucune part au monde dans tout ce qui se fait sous le soleil.
Je me suis tourné [ailleurs], et j’ai vu sous le soleil que la course n’est point aux légers, ni aux forts la bataille, ni aux sages le pain, ni aux prudents les richesses, ni la grâce aux savants ; mais que le temps et l’occasion décident de ce qui arrive à tous.
Le sage a le cœur à sa droite, mais le fou a le cœur à sa gauche.
Celui qui creuse la fosse, y tombera ; et celui qui coupe la haie, le serpent le mordra.
Fais[-en] part à sept, et même à huit ; car tu ne sais point quel mal viendra sur la terre.
Celui qui prend garde au vent, ne sèmera point ; et celui qui regarde les nuées, ne moissonnera point.
Mais si l’homme vit beaucoup d’années, et qu’il se réjouisse tout le long de ces années-là, et qu’ensuite il lui souvienne des jours de ténèbres, lesquels seront en grand nombre, tout ce qui lui sera arrivé, sera une vanité.
Ôte le chagrin de ton cœur, et éloigne de toi le mal ; car le jeune âge et l’adolescence ne sont que vanité.
Avant que le câble d’argent se déchaîne, que le vase d’or se débonde, que la cruche se brise sur la fontaine ; que la roue se rompe sur la citerne ;
Et j’ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se faisait sous les cieux, ce qui est une occupation fâcheuse que Dieu a donnée aux hommes, afin qu’ils s’y occupent.
Le sage a ses yeux en sa tête, et le fou marche dans les ténèbres ; mais j’ai aussi connu qu’un même accident leur arrive à tous.
Parce que Dieu donne à celui qui lui est agréable, de la sagesse, de la science, et de la joie ; mais il donne au pécheur de l’occupation à recueillir et à assembler, afin que cela soit donné à celui qui est agréable à Dieu ; cela aussi est une vanité, et un rongement d’esprit.
J’ai connu que quoi que Dieu fasse, c’est toujours lui-même, on ne saurait qu’y ajouter, ni qu’en diminuer ; et Dieu le fait afin qu’on le craigne.
Le fou tient ses mains ployées, et se consume soi-même, [en disant] :
Car [comme] le songe vient de la multitude des occupations ; ainsi la voix des fous sort de la multitude des paroles.
Quand on a beaucoup, on n’en a que plus de vanité ; [et] quel avantage en a l’homme ?
Au jour du bien, use du bien, et au jour de l’adversité, prends-y garde ; car Dieu a fait l’un à l’opposite de l’autre, afin que l’homme ne trouve rien à [redire] après lui.
Car le pécheur fait mal cent fois, et [Dieu] lui donne du délai ; mais je connais aussi qu’il sera bien à ceux qui craignent Dieu, et qui révèrent sa face :
Les paroles des sages doivent être écoutées plus paisiblement que le cri de celui qui domine entre les fous.
Le travail des fous ne fait que les fatiguer, et [pas un d’eux] ne sait trouver le chemin pour arriver à la ville.
Et quand les deux battants de la porte seront fermés vers la rue, avec abaissement du son de la meule ; quand on se lèvera à la voix de l’oiseau, et que toutes les chanteuses seront abaissées.
Une génération passe, et l’autre génération vient, mais la terre demeure toujours ferme.
Ce qui est tortu ne se peut redresser ; et les défauts ne se peuvent nombrer.
N’est-ce donc pas un bien pour l’homme de manger, et de boire, et de faire que son âme jouisse du bien dans son travail ? J’ai vu aussi que cela vient de la main de Dieu.
J’ai encore vu sous le soleil, qu’au lieu établi pour juger, il y a de la méchanceté ; et qu’au lieu établi pour faire justice, il y a aussi de la méchanceté.
Car [comme] dans la multitude des songes il y a des vanités, aussi y en a-t-il beaucoup dans la multitude des paroles ; mais crains Dieu.
La sagesse est bonne avec un héritage, et ceux qui voient le soleil reçoivent de l’avantage d’[elle].
Après avoir appliqué mon cœur à connaître la sagesse, et à regarder les occupations qu’il y a sur la terre, (car même ni jour, ni nuit, [l’homme] ne donne point de repos à ses yeux.)
J’ai vu aussi cette sagesse sous le soleil, laquelle m’a semblé grande ;
Si l’esprit de celui qui domine s’élève contre toi, ne sors point de ta condition ; car la douceur fait pardonner de grandes fautes.
Mais souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse, avant que les jours mauvais viennent, et avant que les années arrivent desquelles tu dises : Je n’y prends point de plaisir.
Lorsque les gardes de la maison trembleront, et que les hommes forts se courberont, et que celles qui meulent cesseront, parce qu’elles auront été diminuées ; et quand celles qui regardent par les fenêtres, seront obscurcies.
Tous les fleuves vont en la mer, et la mer n’en est point remplie ; les fleuves retournent au lieu d’où ils étaient partis, pour revenir [en la mer].
J’ai pensé en mon cœur sur l’état des hommes, que Dieu les en éclaircirait, et qu’ils verraient qu’ils ne sont que des bêtes.
Puis je me suis mis à regarder toutes les injustices qui se font sous le soleil ; et voilà les larmes de ceux à qui on fait tort, et ils n’ont point de consolation ; et la force est du côté de ceux qui leur font tort, et ils n’ont point de consolateur.
Voilà [donc] ce que j’ai vu, que c’est une chose bonne et agréable [à l’homme], de manger et de boire, et de jouir du bien de tout son travail qu’il aura fait sous le soleil, durant les jours de sa vie, lesquels Dieu lui a donnés ; car c’est là sa portion.
Il vaut mieux être fâché que rire ; à cause que par la tristesse du visage le cœur devient joyeux.
C’est ici une chose fâcheuse entre toutes celles qui se font sous le soleil, qu’un même accident arrive à tous, et qu’aussi le cœur des hommes est plein de maux, et que des folies occupent leurs cœurs durant leur vie, et après cela ils vont vers les morts.
Les paroles de la bouche du sage ne sont que grâce ; mais les lèvres du fou le réduisent à néant.
Si les nuées sont pleines, elles répandront la pluie sur la terre ; et si un arbre tombe vers le Midi, ou vers le Septentrion, au lieu auquel il sera tombé, il demeurera.
Avant que le soleil, la lumière, la lune et les étoiles s’obscurcissent, et que les nuées viennent l’une sur l’autre après la pluie.